Irina Antonovna Chostakovitch est la voix au centre d’À deux. Ma vie avec Dimitri Chostakovitch. Elena Yakovitch recueille son récit ; Maria Matalaev le traduit du russe. Distinguer ces rôles permet d’entrer dans ce livre par ce qu’il propose : la transmission d’une mémoire intime, passée de la parole au documentaire puis à l’édition.
Paru en juin 2026, l’ouvrage est coédité par MM Éditions et l’Association internationale Dimitri Chostakovitch, avec une préface d’Andris Nelsons. La fiche de l’éditeur présente le témoignage d’une femme qui a partagé les treize dernières années de la vie du compositeur, mort en 1975.
Dix ans pour accepter de raconter
Un détail de la fabrication mérite l’attention. Dans un entretien accordé à ResMusica le 25 mars 2025, Elena Yakovitch explique qu’Irina avait refusé une première proposition une dizaine d’années auparavant. Pendant la période du Covid, elle accepte finalement une nouvelle sollicitation. La réalisatrice dit l’avoir alors enregistrée durant une journée entière.
Ce délai ne décrit donc pas dix années d’enregistrement continu. Il éclaire surtout les conditions dans lesquelles une parole longtemps retenue a pu être recueillie. Le documentaire, puis le livre, constituent deux formes de transmission de ce témoignage.
Yakovitch précise dans ce même entretien que son film porte sur le destin et l’amour. La musique y occupe une place importante, mais elle s’intéresse particulièrement à son rôle dans la société. Cette intention déclarée donne un repère pour aborder le projet, sans préjuger de la lecture de chaque page.
Une voix proche, à replacer dans son cadre
L’éditeur annonce un récit qui associe la vie commune et l’enfance d’Irina dans Leningrad assiégée. Cette proximité avec le compositeur fait l’intérêt documentaire du point de vue proposé. Elle invite aussi à identifier qui se souvient, à quelle distance des événements, et par quel travail cette parole nous parvient.
Cette présentation repose sur la notice éditoriale et les propos de la réalisatrice ; le livre n’a pas été lu intégralement par la rédaction.
Préserver une œuvre passe aussi par ses partitions
La mémoire de Chostakovitch circule également dans les documents musicaux. L’éditeur DSCH décrit son travail sur les manuscrits provenant des archives personnelles du compositeur et d’autres fonds : commentaires sur la genèse des œuvres, leur histoire d’interprétation et les différences entre éditions.
Un souvenir raconté et une partition annotée ouvrent ainsi deux accès complémentaires : l’un à une expérience vécue, l’autre au texte musical transmis aux interprètes.
À deux. Ma vie avec Dimitri Chostakovitch — récit d’Irina Antonovna Chostakovitch recueilli par Elena Yakovitch, traduction de Maria Matalaev, préface d’Andris Nelsons. MM Éditions / Association internationale Dimitri Chostakovitch, juin 2026. ISBN 979-10-97714-22-2.
Photo d’archive, 1940 — Leonid Dorenski / Archives de Moscou, Mos.ru, via Wikimedia Commons, CC BY 4.0.
La rédaction de LetzView mag






