Une empreinte dans le sable peut disparaître ; son image, elle, demeure. Chez Ana Mendieta, cette différence entre l’action et sa trace offre une porte d’entrée dans l’œuvre. Photographie, performance, sculpture, film : les supports se croisent, mais ils ne montrent pas tous la même chose. Les dossiers du MoMA et du Jeu de Paume aident à comprendre ce que l’image en mouvement ajoute à ce travail.
Le corps inscrit dans le paysage
Artiste américaine née à Cuba en 1948 et morte en 1985, Mendieta développe notamment la série des Siluetas, entre 1973 et 1980. Selon la notice du MoMA, elle inscrit son corps dans des environnements naturels, le recouvre de matières organiques ou en conserve le contour. Les photographies et les films rendent ces interventions accessibles au-delà du moment où elles ont lieu.
Le musée rapproche cette pratique de son expérience de l’exil. Cette lecture apporte un contexte ; elle ne transforme pas chaque silhouette en un message unique à déchiffrer. Pour regarder ces œuvres, on peut d’abord distinguer ce qui demeure visible — une forme, un matériau, une empreinte — de l’histoire personnelle que les documents permettent d’y relier.
Pourquoi regarder aussi les films ?
Le Jeu de Paume dénombre 104 films réalisés par Mendieta entre 1971 et 1981. Son exposition Le temps et l’histoire me recouvrent, présentée à Paris du 16 octobre 2018 au 27 janvier 2019, en rassemblait vingt, accompagnés de photographies. Ce choix muséal replaçait le cinéma au cœur de sa pratique, plutôt qu’en simple complément documentaire.
L’enjeu est celui du temps : une image fixe conserve un état, tandis qu’un film peut montrer un changement. La présentation de l’exposition reliait les œuvres à la mémoire, au rituel et aux rapports entre le corps et la terre. Elle rappelle que Mendieta travaillait dans plusieurs disciplines ; l’étiquette de performeuse, prise seule, laisse donc une partie de son activité hors champ.
Trois transformations pour guider le regard
Dans un accrochage consacré à trois films, du 15 novembre 2024 au 8 février 2026, le MoMA mettait en avant des transformations précises : de la poudre devenant cendre, une forme de sable confrontée à l’eau, un corps couvert de plumes ramené vers le rivage. Le musée souligne aussi l’intérêt pratique du Super 8, un format relativement accessible avec lequel l’artiste pouvait enregistrer ses interventions.
Cette sélection est terminée ; son dossier reste un point de départ documentaire. Il invite à poser des questions concrètes devant les reproductions ou les films : quelle matière change ? Le corps est-il présent ou seulement suggéré ? Que permet de comprendre la durée ? Ces repères laissent place au regard du spectateur, sans lui promettre une émotion ni lui imposer une interprétation.
Cette présentation s’appuie sur les archives des musées. Elle ne constitue pas un compte rendu de visite ou de projection.






