Un sucre naturellement présent dans l'organisme pourrait-il aider à faire repousser les cheveux ? La question ne relève plus seulement d'une expérience sur des souris : un essai clinique enregistré en 2026 prévoit de comparer un gel expérimental au minoxidil chez des adultes. Mais, à ce stade, aucun résultat publié de cet essai ne permet d'affirmer que la méthode fonctionne chez l'être humain.
Le composé étudié s'appelle 2-désoxy-D-ribose, abrégé 2dDR. Il ne s'agit pas du sucre blanc utilisé dans le café, mais d'une molécule particulière impliquée dans des processus biologiques. Ni l'application de sucre alimentaire sur le cuir chevelu ni sa consommation ne reproduisent les conditions expérimentales de cette recherche.
D'une étude sur la cicatrisation à une piste contre l'alopécie
La piste est née de travaux menés par des chercheurs de l'université de Sheffield, au Royaume-Uni, et de COMSATS University, au Pakistan, sur la formation de petits vaisseaux sanguins lors de la réparation des tissus. En examinant les zones traitées, l'équipe a remarqué une croissance des poils autour de certaines plaies, ce qui l'a conduite à tester plus précisément le composé.
Dans une étude originale publiée le 3 juin 2024 dans *Frontiers in Pharmacology*, les scientifiques ont utilisé un modèle d'alopécie induite par des hormones chez la souris. Ils ont comparé différents groupes : sans traitement, avec un gel témoin, avec un gel contenant du 2dDR, avec du minoxidil et avec une association des deux substances.
Les observations portaient sur la repousse des poils, mais aussi sur des caractéristiques des follicules pileux et de leurs tissus. Les groupes recevant le gel au 2dDR et le minoxidil ont présenté des améliorations dans ce modèle animal. Les auteurs évoquent des effets comparables sur certains critères, sans bénéfice significatif supplémentaire constaté en associant les deux traitements.
Il faut comprendre exactement ce qui a été comparé. Une efficacité similaire chez la souris ne signifie pas une efficacité démontrée chez une personne atteinte de calvitie. Les mécanismes de croissance des poils, les doses, la durée des essais et les caractéristiques de la perte de cheveux peuvent différer entre un modèle expérimental et la pratique clinique.
Pourquoi les petits vaisseaux intéressent les chercheurs
Un follicule pileux est une structure vivante dont l'activité dépend de son environnement. Sa croissance suit plusieurs phases et nécessite un apport de nutriments et d'oxygène. Les chercheurs supposent que le 2dDR pourrait favoriser la formation de microvaisseaux, un phénomène appelé *angiogenèse*, et ainsi créer de meilleures conditions autour des follicules.
Cette explication demeure une hypothèse mécanistique, pas une démonstration complète. Les auteurs indiquent eux-mêmes qu'il reste à préciser les mécanismes d'action du 2dDR. D'autres caractéristiques biologiques influencent l'alopécie androgénétique, la forme courante de perte progressive des cheveux liée à des facteurs hormonaux et génétiques.
Une précision documentaire compte également : l'article scientifique a fait l'objet d'un correctif publié le 25 octobre 2024. Il concernait des barres d'erreur incorrectes dans un graphique de coloration cutanée. Les auteurs déclarent que cette correction ne modifie pas leurs conclusions générales. Elle fait néanmoins partie de l'historique de l'étude et doit accompagner toute lecture sérieuse des résultats.
Un essai humain enregistré en 2026 au Caire
Une étape supplémentaire figure désormais dans le registre international des essais cliniques sous le numéro NCT07502976. Le protocole, dont la fiche a été mise à jour en avril 2026, prévoit une comparaison entre un hydrogel au 2dDR et une solution de minoxidil à 5 % chez des personnes présentant une alopécie androgénétique légère ou modérée.
Selon la fiche d'enregistrement, il s'agit d'un essai randomisé prévu auprès de 60 adultes âgés de 18 à 50 ans, mené au Kasr El Aini Hospital, au Caire. Les participants sont répartis entre deux groupes et suivis pendant six mois. Les chercheurs veulent comparer les mesures de densité capillaire et examiner, entre autres, des marqueurs associés à la vascularisation du cuir chevelu.
Le calendrier enregistré mentionne un début en janvier 2026 et une fin globale estimée en janvier 2027. Ces dates restent celles d'un protocole déclaré : elles ne prouvent ni l'achèvement réel de l'étude ni l'obtention d'un résultat positif. Aucune conclusion clinique publiée n'a été identifiée dans les données consultées pour ce dossier au 26 octobre 2026.
Ce qui serait nécessaire avant un traitement
Pour envisager une utilisation médicale, il faudrait confirmer chez l'humain une amélioration significative, comparer sa durée avec celle de traitements existants et disposer d'informations solides sur la tolérance du gel, les irritations éventuelles et les risques liés à une application répétée. Les résultats devraient ensuite être analysés et rendus publics.
Il serait prématuré de présenter le 2dDR comme un remède disponible ou de recommander une préparation maison. Le composé utilisé en laboratoire est formulé dans un gel étudié, selon un protocole précis, et les travaux publiés ne fournissent pas de preuve d'efficacité d'un usage domestique.
L'intérêt de cette histoire scientifique ne tient donc pas à l'idée séduisante qu'un produit ordinaire ferait repousser les cheveux, mais au chemin entre une observation inattendue et une vérification chez l'être humain. Les expériences animales ont ouvert une piste. L'essai clinique doit maintenant déterminer si elle correspond à un bénéfice réel et sûr pour les patients.






