Avant de raconter ses aventures, Casanova parle déjà de la manière dont il faut le lire. Dans la préface d’Histoire de ma vie, il reconnaît ses égarements, revendique sa liberté et sollicite l’indulgence de son lecteur. Ce seuil du livre mérite qu’on s’y arrête : l’auteur ne livre pas seulement des souvenirs, il prépare aussi le regard qui sera porté sur lui.
Cette présentation repose sur la lecture de la préface dans sa transcription disponible sur Wikisource et sur des documents patrimoniaux. Elle ne constitue pas une critique issue d’une lecture intégrale des mémoires.
Une confession qui cherche un complice
Le mouvement de la préface est révélateur. Casanova assume d’abord la responsabilité de ses actes, puis décrit la place des passions dans son existence. Il invite ensuite le lecteur à rire de ses folies plutôt qu’à attendre les regrets d’un pénitent. L’aveu et la justification avancent ensemble.
On peut y voir une invitation à lire sur deux plans : suivre ce qui est raconté et observer la façon dont le narrateur souhaite être jugé. Cette distinction n’oblige ni à rejeter ses souvenirs ni à les prendre pour un compte rendu neutre. Elle préserve une distance critique face à un écrivain qui sait s’adresser à son public.
Le manuscrit a lui aussi une histoire
Selon le communiqué du ministère français de la Culture accompagnant son acquisition en 2010, la rédaction commence vraisemblablement en 1789. Casanova reprend ensuite son travail à partir de 1794. Ratures et corrections rappellent que ces souvenirs ont été écrits et retravaillés : ils ne sont pas la simple transcription d’une conversation.
Après la cession du manuscrit à l’éditeur Brockhaus en 1821, les versions publiées connaissent de nombreuses transformations. Le ministère situe en 1960 la publication d’une édition intégrale en français par Brockhaus et Plon. Le choix d’une édition importe donc : lire des mémoires abrégés ou remaniés ne donne pas le même accès à l’œuvre.
À Dux, le voyage devient écriture
Le château de Duchcov, également connu sous le nom de Dux, dans le nord de la Bohême, donne à cette histoire un ancrage concret. L’office national du tourisme tchèque rappelle que Casanova y travailla comme bibliothécaire, y écrivit ses mémoires et y mourut en 1798. Un parcours de visite consacré à sa présence y est présenté.
Pour entrer dans le livre, la préface offre un point de départ plus fécond qu’une liste de conquêtes. Une question peut accompagner la lecture : que raconte Casanova, et que fait-il pour nous amener à l’accepter ? Elle permet de rencontrer l’écrivain tout en gardant la liberté de lui résister.
Sources et lecture
- Histoire de ma vie : préface, transcription du manuscrit sur Wikisource — transcription signalée « À relire » par la plateforme ; lecture limitée à cette préface.
- Ministère de la Culture : acquisition des manuscrits, 18 février 2010.
- VisitCzechia : le château de Duchcov et Casanova.






