Aimer faire cours et se sentir reconnu dans la société sont deux questions différentes. L’enquête internationale Talis 2024, dont les premiers résultats français ont été publiés en octobre 2025, permet de comprendre pourquoi le débat sur le métier de professeur ne se résume pas à opposer vocation et difficultés.
Ce que les enseignants disent de leur métier
Selon la note de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) consacrée aux conditions d’exercice, neuf enseignants sur dix, à l’école élémentaire comme au collège, déclarent se sentir souvent heureux lorsqu’ils enseignent. Dans le même temps, 4 % estiment que leur métier est valorisé dans la société.
Ces réponses ne mesurent pas la même chose. La première porte sur l’expérience d’enseigner ; la seconde, sur la place que les enseignants pensent occuper dans le regard collectif. Elles ne permettent pas de classer simplement les professeurs entre satisfaits et insatisfaits.
Le rapport ajoute un autre repère : 66 % choisiraient de nouveau le métier, aux deux niveaux étudiés. En 2018, ils étaient 74 % au collège et 76 % à l’élémentaire. L’attachement au travail peut donc coexister avec une hésitation plus grande lorsqu’il s’agit de refaire le même choix professionnel.
Regarder les conditions, pas seulement la vocation
Le questionnaire couvre aussi le travail qui entoure le cours : préparation, correction et tâches administratives. Parler du métier suppose ainsi d’examiner son organisation, au-delà de la seule relation avec les élèves.
Les résultats français reposent sur un échantillon représentatif de 3 766 enseignants au collège et 2 246 à l’école élémentaire, dans le public et le privé sous contrat. Le champ exclut La Réunion et Mayotte. Il s’agit de déclarations recueillies en 2024 : elles ne constituent pas un bilan instantané de chaque établissement en 2026.
Le récit littéraire pose une autre question
Le titre du roman de Yannick Haenel, *La solitude des professeurs est infinie*, fait entendre une autre manière d’aborder cette expérience. La notice des Bibliothèques de la Ville de Paris présente cet ouvrage paru chez Gallimard en 2026 : Jean Deichel, jeune professeur de français en stage dans un collège de banlieue parisienne, découvre les difficultés et les joies de l’enseignement.
Le personnage donne une forme singulière à cette tension. Le questionnaire cherche, lui, à comparer des réponses sur un ensemble d’enseignants. Les lire avec ces rôles distincts permet de parler du quotidien professionnel sans demander à une fiction de représenter toute une profession.






