Un volume perdu de 2 347 kilomètres cubes en treize ans : le chiffre décrit la diminution de la calotte du Groenland entre 2010 et 2023. Il provient de travaux présentés par l’Agence spatiale européenne le 20 décembre 2024. Ce bilan ne mesure donc pas la fonte de l’année 2026.
Un volume, plusieurs réalités locales
L’analyse présentée par l’ESA estime l’amincissement moyen à 1,2 mètre. Ce résultat masque des différences considérables. Dans la zone où la fonte estivale dépasse l’apport hivernal de neige, la moyenne atteint 6,4 mètres. Certains glaciers côtiers montrent des réductions d’épaisseur bien supérieures.
Ces nombres ne sont pas interchangeables. Le mètre décrit une variation de hauteur ; le kilomètre cube exprime un volume. Passer d’un volume à une masse demande une conversion tenant compte du matériau. Présenter directement 2 347 km³ comme autant de milliards de tonnes effacerait cette étape.
Pourquoi comparer radar et laser ?
CryoSat, mission de l’ESA, utilise un radar qui traverse les nuages mais peut pénétrer la surface neigeuse. ICESat-2, mission de la NASA, emploie un laser : son signal se réfléchit sur la surface, mais les nuages limitent les observations.
Le rapprochement des mesures sert à contrôler leurs écarts. L’étude rapporte un accord à moins de 3 % des variations observées. Elle combine un suivi sur treize ans et une période de mesures communes aux deux missions. Le laser d’ICESat-2 n’a donc pas observé l’intégralité de la période depuis 2010.
Une surface redevenue blanche ne suffit pas
Une autre observation publiée par NASA Earth Observatory en septembre 2025 aide à comprendre la différence entre apparence et bilan. Après un épisode de fonte, une couche de neige a recouvert une partie de la glace assombrie du sud-ouest groenlandais. Le paysage paraissait à nouveau plus blanc, sans que ce seul changement d’aspect permette de conclure à une récupération de toute la glace perdue.
La surveillance associe donc plusieurs échelles : épisodes saisonniers, évolution de l’épaisseur et bilan de long terme. La perte de glace continentale contribue à la hausse du niveau marin ; mieux mesurer son évolution permet d’affiner ce suivi, sans transformer une étude rétrospective en prévision locale pour chaque côte.
Image : NASA Earth Observatory / Wanmei Liang, données USGS. Domaine public.






