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Arts plastiques

« Histoire de l’art » : pourquoi raconter les œuvres autrement change notre regard

Un ouvrage collectif dirigé par Étienne Anheim, Laurence Bertrand Dorléac et Charlotte Guichard propose de revisiter l’histoire de l’art à travers les matières, les lieux, les problèmes et les méthodes.

Le groupe sculpté Les Bourgeois de Calais d’Auguste Rodin, photographié à Londres : image d’archive illustrative, sans lien avec l’édition 2026.
Source et licence de l’image
Irid Escent / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0. Photographie d’archive de la sculpture de Rodin, adaptée en format horizontal. Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/

Dans les musées, les œuvres semblent parfois occuper une place évidente : un tableau majeur dans une grande salle, une sculpture célèbre sur son socle, un objet ancien derrière une vitrine. Pourtant, ces choix sont aussi le résultat d’une histoire. Qui a décidé ce qu’il fallait conserver, admirer, étudier ou classer comme art ? Un vaste ouvrage collectif paru le 9 octobre 2026 propose de reprendre cette question à la racine.

Intitulé simplement *Histoire de l’art*, le livre est dirigé par Étienne Anheim, Laurence Bertrand Dorléac et Charlotte Guichard, aux éditions du Seuil. Il compte 832 pages et réunit des spécialistes issus de l’histoire de l’art et de plusieurs disciplines voisines. Sa proposition n’est pas de raconter une nouvelle fois une succession de styles et de grands noms, mais d’examiner aussi la manière dont notre regard sur les œuvres s’est construit.

Pourquoi une histoire de l’art n’est jamais une liste neutre

Les manuels et les collections organisent les œuvres selon des critères : date de création, origine géographique, technique, mouvement artistique ou nom d’auteur. Chaque méthode révèle certains rapprochements et en laisse d’autres dans l’ombre.

Classer uniquement par écoles nationales peut, par exemple, faciliter l’étude d’une tradition locale tout en faisant moins apparaître les échanges de matériaux, de formes et d’idées entre régions. Une chronologie est indispensable pour comprendre des évolutions, mais elle ne suffit pas à expliquer pourquoi des pratiques artistiques très éloignées ont parfois affronté les mêmes questions.

La démarche du nouveau livre consiste donc à déplacer la focale. Le laboratoire IHMC de l’École normale supérieure, qui présente l’ouvrage, souligne l’attention portée aux artistes femmes, aux objets et à une diversité de matériaux bien au-delà de la peinture et de la sculpture habituellement privilégiées.

Cette perspective ne retire rien à l’importance des œuvres classiques. Elle demande plutôt quelles œuvres ont été moins étudiées, pour quelles raisons et à partir de quelles archives.

Quatre portes d’entrée : matières, lieux, problèmes et méthodes

Au lieu de s’appuyer exclusivement sur une chronologie, *Histoire de l’art* est organisé en quatre ensembles : Matières, Lieux, Problèmes et Méthodes. Cette architecture, décrite dans le compte rendu publié par *Le Monde* le 3 octobre, permet de passer d’un objet à une question de recherche.

Regarder une œuvre par sa matière, c’est se demander de quoi elle est faite, comment ses composants ont été obtenus et pourquoi un artiste les a choisis. L’histoire des pigments, du verre, du métal ou des procédés numériques croise alors celles des techniques, du commerce et des ressources naturelles.

Partir des lieux, c’est prendre en compte le site de création, le déplacement d’un objet, son entrée dans une collection ou les conditions de sa présentation. Le lieu où nous voyons une œuvre aujourd’hui n’est pas nécessairement celui pour lequel elle a été conçue.

Les problèmes permettent d’interroger des notions telles que le pouvoir, les hiérarchies sociales, le genre ou la valeur marchande. Quant aux méthodes, elles invitent à distinguer ce que les documents établissent réellement et les interprétations qu’un historien peut en tirer.

Le livre dépasse ainsi le cadre d’une histoire réservée aux seuls chefs-d’œuvre européens. Sa présentation annonce plus de 250 reproductions et des études allant des images préhistoriques à la création contemporaine.

Les objets changent parfois de statut sans changer d’apparence

Une sculpture reste matériellement la même lorsqu’elle entre dans un musée. Ce sont son contexte, sa documentation et le regard porté sur elle qui peuvent évoluer.

La photographie illustrant cet article montre Les Bourgeois de Calais, groupe sculpté par Auguste Rodin, dans une présentation à Londres. Il s’agit d’une image d’archive destinée à rendre visible un exemple de sculpture bien établie dans le patrimoine artistique occidental. Elle ne représente ni une page du livre ni une exposition liée à sa parution.

La question posée par le projet éditorial est plus large : pourquoi certaines créations bénéficient-elles d’une abondante documentation, tandis que d’autres ont longtemps été décrites comme artisanat, curiosités ou objets ethnographiques ? Les classements ne sont pas immuables. Leur révision peut provenir de nouvelles recherches, d’un changement de méthode ou d’une discussion sur l’histoire des collections.

La présentation de *Livres Hebdo*, publiée le 1er octobre 2026, met en avant cette lecture transversale et le refus de supposer une progression continue vers une forme d’art prétendument supérieure.

Une autre manière de lire, pas l’effacement de la chronologie

L’organisation par thèmes peut enrichir le regard, mais elle suppose aussi des repères. Un lecteur qui découvre une période historique appréciera parfois une frise chronologique ou une présentation préalable des principaux mouvements.

C’est précisément l’une des réserves formulées par le critique du *Monde* : une construction peu chronologique peut dérouter les débutants. Le même article relève que les liens entre histoire de l’art, marché, authentification et valeur financière auraient pu être étudiés plus profondément. Il s’agit d’appréciations attribuées à ce compte rendu, et non d’un jugement fondé ici sur une lecture intégrale des 832 pages.

Le contraste est instructif. Un ouvrage qui élargit le champ de recherche ne remplace pas automatiquement tous les outils d’introduction. Il peut être particulièrement utile à ceux qui connaissent déjà quelques œuvres et souhaitent comprendre ce qui relie leur fabrication, leur circulation et leur interprétation.

Pour qui, et à quel prix ?

*Histoire de l’art*, dirigé par Étienne Anheim, Laurence Bertrand Dorléac et Charlotte Guichard, est paru au Seuil le 9 octobre 2026. L’édition papier compte 832 pages ; son prix public de lancement annoncé est de 49 euros. Ces données bibliographiques sont confirmées par les informations de l’IHMC et la presse spécialisée.

Pour le lecteur, l’intérêt de cette publication n’est pas de recevoir une réponse définitive à la question « qu’est-ce que l’art ? ». Il est de disposer de plusieurs chemins pour examiner une œuvre. Devant un tableau, une sculpture, un textile ou une installation, on peut désormais ajouter aux questions « qui l’a créé ? » et « quand ? » une interrogation tout aussi féconde : comment cette œuvre est-elle arrivée jusqu’à notre regard, et qu’avons-nous appris à y voir ?

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