Qui choisit le cadre lorsque l’espace est imposé ? Dans un lieu de détention, cette question donne une portée particulière à un atelier photographique. Klavdij Sluban ne s’est pas seulement rendu en prison pour rapporter ses propres images : il a aussi confié une pratique aux jeunes qui y vivaient.
Une démarche commencée en 1995
La Maison européenne de la photographie situe le début de son projet carcéral en 1995, au Centre des jeunes détenus de Fleury-Mérogis. Elle lui a consacré l’exposition Les lieux d’un piège, du 16 septembre au 8 novembre 1998.
L’institution décrit une démarche de réappropriation du lieu par l’appareil photographique. Henri Cartier-Bresson, Marc Riboud et William Klein sont venus encourager ces ateliers. Ce sont des repères historiques : l’exposition citée est une archive, pas une sortie annoncée pour cet automne.
Photographier et transmettre ne sont pas le même geste
D’un côté, l’artiste construit un travail personnel sur les espaces et le temps. De l’autre, l’atelier ouvre la possibilité pour les participants de choisir ce qu’ils veulent montrer. Le sujet cesse alors d’être seulement la personne photographiée par un visiteur extérieur.
Cette différence change la lecture du projet. L’intérêt n’est pas de décréter qu’un appareil efface l’enfermement, mais de demander qui produit l’image et quelle place cette personne occupe dans sa fabrication.
Un travail poursuivi sur le temps long
Dans un entretien publié en novembre 2024 par 9 Lives, Sluban revient sur les adolescents photographiés depuis 1995 et sur la poursuite de son travail dans d’autres pays. Il évoque aussi un retour à Fleury-Mérogis en 2014 pour de nouveaux ateliers.
Le photographe y insiste sur le caractère subjectif de son regard documentaire. Une photographie ne se réduit pas à une copie transparente du réel : le cadre, la distance et le moment participent à ce qu’elle donne à voir.
Garder les personnes au centre
Ces archives permettent de découvrir une pratique artistique et une forme de transmission. Elles ne constituent pas une évaluation clinique de ses effets ni une preuve chiffrée de réinsertion. Les présenter ainsi demanderait d’autres travaux.
Le projet invite plutôt à regarder une relation : un auteur entre dans un lieu fermé, mais cherche aussi à faire circuler le pouvoir de représenter. C’est dans cet échange, documenté sur plusieurs décennies, que se situe sa singularité.
Photo : Lilly Rum / Wikimedia Commons, CC0.






