La consommation d’antibiotiques au Luxembourg dépasse la moyenne européenne en santé humaine. Le constat figure dans le troisième rapport national de surveillance, rendu public en octobre 2026, à partir des données de 2024. Il mérite d’être lu dans son ensemble : les tendances observées chez les patients, dans les élevages et dans les cours d’eau ne vont pas toutes dans la même direction.
Une consommation humaine en hausse depuis 2021
Selon les autorités luxembourgeoises, la consommation totale d’antibiotiques pour les personnes est supérieure à la moyenne européenne et augmente depuis 2021. La médecine générale représente le principal secteur de prescription. Cette hausse doit être replacée dans le contexte de la baisse temporaire observée dans de nombreux pays pendant la pandémie.
L’ECDC mesure la consommation d’antibiotiques systémiques au moyen de doses journalières définies pour 1 000 habitants et par jour. Sa moyenne pondérée pour l’Union européenne atteint 20,3 en 2024. C’est une unité de comparaison statistique, pas un nombre réel de comprimés consommés chaque jour par une personne.
Le rapport luxembourgeois précise aussi que les pourcentages de résistance constatés pour la plupart des couples bactéries-antibiotiques suivis restent inférieurs aux moyennes européennes. Cela n’annule pas le problème de consommation : les deux indicateurs ne mesurent pas la même chose.
Pourquoi les antibiotiques peuvent-ils perdre leur efficacité ?
Un antibiotique agit contre certaines bactéries ; il n’agit pas contre les virus responsables, par exemple, d’un rhume ou de la grippe. Lorsqu’une bactérie possède ou acquiert un mécanisme de résistance, le traitement destiné à la combattre peut devenir moins efficace. Ce sont les bactéries, et non les patients, qui deviennent résistantes.
L’Organisation mondiale de la santé rappelle que l’utilisation excessive ou inappropriée des antimicrobiens contribue à sélectionner des agents pathogènes résistants. Les conséquences vont de traitements plus complexes à des infections potentiellement difficiles à soigner. L’objectif n’est donc pas de supprimer des médicaments indispensables, mais d’en préserver l’efficacité lorsque leur utilisation est médicalement nécessaire.
Les autorités luxembourgeoises privilégient, lorsque c’est possible, les antibiotiques à spectre étroit, ciblant un ensemble plus limité de bactéries. Il s’agit d’un principe de bon usage à appliquer par les professionnels selon l’infection concernée, pas d’une règle permettant de choisir soi-même son traitement.
Chez les animaux, une tendance différente
Les ventes d’antibiotiques destinés aux animaux producteurs de denrées alimentaires diminuent au Luxembourg depuis 2013, d’après le rapport national. Les résultats de surveillance de certaines résistances chez les animaux sont jugés globalement favorables au regard des références européennes et des pays voisins.
Une réserve méthodologique reste essentielle : les volumes vendus ne représentent pas nécessairement avec exactitude les doses effectivement administrées sur le territoire. L’amélioration des données d’utilisation constitue un chantier distinct.
En 2024, les contrôles portant sur les résidus d’antibiotiques dans les aliments et les aliments pour animaux n’ont relevé aucune non-conformité. Cela ne signifie ni absence de tout résidu ni absence de risque dans toutes les situations : la conformité correspond aux substances, aux prélèvements et aux seuils réglementaires contrôlés.
Des traces détectées dans les eaux de surface
Dans l’environnement, le bilan indique que des résidus d’antibiotiques ont été détectés dans des eaux de surface, à des fréquences et concentrations variables. Pour les substances concernées, les concentrations relevées ne dépassaient pas les normes de qualité environnementale proposées au niveau européen, selon les autorités.
Cette distinction importe : une détection n’est pas automatiquement un dépassement de seuil, et une norme proposée ne doit pas être présentée comme une obligation déjà en vigueur. Les résultats reflètent les prélèvements et les substances analysées en 2024, non la composition permanente de toutes les eaux du pays.
Pourquoi réunir ces trois domaines dans un même rapport ?
L’approche « Une seule santé », ou *One Health*, relie médecine humaine, santé animale et environnement. Les bactéries et leurs résistances ne respectent pas les frontières entre ces secteurs. Une analyse limitée aux ordonnances délivrées aux patients manquerait donc une partie des mécanismes surveillés.
Le Luxembourg dispose désormais de trois éditions de son rapport national. Les autorités indiquent avoir déjà atteint deux objectifs européens de lutte contre l’antibiorésistance, mais considèrent que la réduction de la consommation et l’amélioration de l’usage des antibiotiques nécessitent encore des progrès.
Le lecteur doit surtout retenir que plus d’antibiotiques ne signifie pas automatiquement de meilleurs soins. Les progrès doivent être évalués à la fois par la pertinence des prescriptions, les résistances observées et la qualité des données disponibles.






