Misty n’est pas née comme une chanson d’amour à texte. En 1954, Erroll Garner l’enregistre au piano. Des paroles viennent ensuite se poser sur la mélodie, avant que Johnny Mathis ne lui donne une nouvelle audience en 1959. Suivre ce parcours permet d’entendre autrement un air devenu familier.
Le piano avant la voix
La chronologie officielle d’Erroll Garner situe l’enregistrement de Misty dans une séance Mercury à Chicago en juillet 1954. Le pianiste, né à Pittsburgh en 1921, avait développé sa pratique à l’oreille et construit une carrière qui dépassait les frontières habituelles des clubs de jazz.
Une mélodie instrumentale peut laisser à l’interprète une grande liberté de respiration. Quand elle devient chanson, les mots lui donnent aussi un personnage et une situation. Le passage de l’un à l’autre ne remplace donc pas simplement un instrument par une voix : il déplace l’attention de l’auditeur.
Johnny Burke, puis Johnny Mathis
La notice de JazzStandards consacrée à Misty distingue la composition de Garner, l’ajout de paroles par Johnny Burke en 1955 et la popularisation de la version chantée par Johnny Mathis en 1959.
Le thème continue ensuite de circuler entre chanteurs et instrumentistes. C’est une des fonctions d’un standard : offrir un matériau commun que des musiciens peuvent reprendre avec leurs propres choix de tempo, d’accompagnement et de phrasé. Reconnaître l’air n’empêche pas de découvrir une interprétation.
Une naissance entourée de récits
L’histoire d’une inspiration survenue dans un avion revient souvent. JazzStandards en rapporte plusieurs variantes, qui ne situent pas exactement la même scène. Mieux vaut donc conserver cette anecdote comme un récit transmis, plutôt que lui ajouter une fenêtre, une météo ou un trajet présentés comme certains.
Un repère, lui, est documenté : Misty est associée en 1971 à Play Misty for Me, le premier long métrage réalisé par Clint Eastwood. Le cinéma élargit encore la vie du morceau.
Pour le redécouvrir, on peut rapprocher la version instrumentale de Garner de celle chantée par Mathis. La comparaison invite à suivre une même ligne mélodique sous deux formes, sans transformer leur différence en classement. L’histoire de Misty tient aussi à cette capacité de rester identifiable tout en changeant de voix.
Photographie d’illustration : Puikstekend / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Ce piano ne représente pas l’instrument d’Erroll Garner.






