Deux dates séparent deux histoires que l’on rapproche souvent trop vite : la proclamation impériale de Napoléon en 1804 et son entrée à Berlin le 27 octobre 1806. Pour le 220e anniversaire de cette dernière, le détour par l’*Eroica* de Beethoven éclaire surtout une relation changeante à Bonaparte.
Berlin, un événement militaire en 1806
La Fondation Napoléon situe l’entrée solennelle dans la capitale prussienne après les victoires d’Iéna et d’Auerstedt. Elle reproduit le 21e Bulletin de la Grande Armée, daté du 28 octobre, qui relate la cérémonie de la veille et la remise des clés de la ville.
Ce document dit comment le pouvoir impérial présente son triomphe. Il ne suffit pas à connaître les sentiments de chaque Berlinois. De même, faire de la symphonie une réponse à cette seule journée effacerait sa propre histoire.
Une œuvre déjà achevée et une rature réelle
Selon la notice du Beethoven-Haus de Bonn sur la Troisième Symphonie, Beethoven y travaille principalement en 1803 et l’achève au plus tard au début de 1804. Elle est d’abord jouée dans le cadre privé du palais du prince Lobkowitz, son dédicataire.
La notice examine le récit célèbre d’un compositeur furieux à l’annonce de l’Empire. Une copie de la partition porte bien une rature assez appuyée pour trouer le papier. Cela ne démontre pas que Beethoven ait déchiré toute la page, souligne l’institution. Le nom de Bonaparte est en outre réintroduit dans une annotation.
La lettre qui complique le récit d’une rupture
Un autre document donne un repère précis : la lettre à Breitkopf & Härtel du 26 août 1804. Beethoven y désigne encore la symphonie sous le titre « Ponaparte », orthographe de la transcription. Il parle aussi de ses trois cors obligés et souhaite une publication en partition plutôt qu’en parties séparées.
Cette lettre ne raconte pas la scène de la rature. Elle montre qu’après la proclamation de l’Empire, la référence à Bonaparte demeure dans les échanges éditoriaux. Entre titre de travail, annotation et dédicace au mécène, les documents conservent plusieurs traces. L’*Eroica* ne se réduit donc ni à un hommage immuable à Napoléon, ni à une illustration sonore du défilé berlinois de 1806.






