Le Brésil a tranché de justesse. Luiz Inácio Lula da Silva a été réélu président avec 64 256 232 voix, soit 51,79 % des suffrages valides, contre 59 826 041 voix et 48,21 % pour Flávio Bolsonaro. Le Tribunal supérieur électoral brésilien a annoncé ces chiffres dans la nuit du 25 au 26 octobre.
Ce quatrième mandat, non consécutif, est inédit pour Lula. Mais la victoire ne lui donne pas les mains libres : son adversaire refuse de reconnaître sa défaite, le déroulement du vote fait déjà l’objet d’une contestation et le Congrès élu en octobre est nettement plus conservateur que la présidence.
Une remontée entre les deux tours
Flávio Bolsonaro était arrivé en tête au premier tour. Lula devient ainsi, selon Reuters, le premier candidat élu président après avoir terminé deuxième au premier tour depuis le retour du Brésil à la démocratie dans les années 1980.
L’écart final atteint un peu plus de 4,4 millions de voix. Le TSE indique que plus de 158 millions de personnes étaient appelées à voter et que 128,2 millions ont participé au second tour. L’abstention s’établit autour de 19,2 %, en recul par rapport aux 21,08 % du premier tour.
Le résultat prolonge une trajectoire politique déjà exceptionnelle. Lula a dirigé le pays de 2003 à 2010, puis est revenu au pouvoir en 2023. Sa réélection porte à quatre le nombre de mandats présidentiels remportés au suffrage universel.
Pourquoi la fermeture des bureaux fait débat
La fin du vote a été perturbée par une décision prise au dernier moment. La Cour suprême a prolongé de deux heures, jusqu’à 19 heures à Brasília, le scrutin dans les bureaux qui étaient encore ouverts. Des difficultés de transport avaient été signalées dans plusieurs États ; de fortes pluies touchaient aussi le sud du pays.
Cette prolongation n’a pas permis de rouvrir les bureaux qui avaient déjà arrêté leurs machines. Le président du TSE a reconnu qu’une telle modification, annoncée quelques minutes avant la fermeture prévue, avait imposé des adaptations techniques et retardé le traitement des procès-verbaux.
Flávio Bolsonaro a annoncé qu’il demanderait l’annulation du scrutin. Il présente la prolongation comme irrégulière. L’Associated Press relève toutefois que les deux candidats avaient demandé un allongement des horaires, pour des motifs différents. À ce stade, la contestation est une démarche politique et juridique annoncée ; elle ne change pas le résultat proclamé par l’autorité électorale.
Cette distinction est essentielle : refuser de concéder une défaite n’annule pas une élection. Une éventuelle procédure devra produire des arguments, être examinée par les juridictions compétentes et aboutir à une décision. En attendant, le TSE considère Lula comme réélu.
Le vrai rapport de force se jouera aussi au Congrès
La marge présidentielle paraît étroite. Les élections législatives ont renforcé la droite et les alliés du Parti libéral de Bolsonaro. Reuters estime que ce bloc pourrait disposer de plus de 280 sièges à la Chambre des députés et aller jusqu’à 50 sièges au Sénat.
Ces nombres ne transforment pas automatiquement l’opposition en majorité unie sur chaque texte. Ils indiquent néanmoins où se situera la difficulté du prochain mandat : faire adopter un budget, négocier les grandes réformes et composer avec un Parlement capable de modifier ou de ralentir l’agenda de l’exécutif.
Les promesses sociales de Lula devront aussi affronter une économie sous tension. Sa campagne a défendu l’augmentation de la Bolsa Família et des mesures destinées aux travailleurs et aux ménages endettés. Mais les taux d’intérêt élevés et une dette publique supérieure à 82 % du produit intérieur brut, selon les données citées par Reuters, limitent la marge budgétaire.
Une victoire nette juridiquement, serrée politiquement
Le score officiel ne laisse aucun doute sur le vainqueur du second tour. Il révèle en revanche un pays presque partagé en deux. Lula a renversé le résultat du premier tour, mais il commence son quatrième mandat face à une opposition électorale massive et à un Parlement plus conservateur.
La prochaine étape ne consiste donc plus à recompter la campagne comme si elle continuait. Elle sera institutionnelle : suivre la contestation annoncée de Flávio Bolsonaro, la composition effective des blocs au Congrès et les premiers arbitrages budgétaires. La victoire est acquise ; la capacité à gouverner reste, elle, à construire.






