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Environnement

Atlantique : ce que les plongées de 2026 révèlent sur les fûts radioactifs

Plus de 200 000 fûts ont été immergés dans l’Atlantique Nord-Est. Les campagnes NODSSUM 2025-2026 ont observé des conteneurs dégradés et des traces radioactives, mais leurs effets écologiques restent à étudier.

Vagues à la surface de l’océan Atlantique. Photographie d’illustration ; les fûts étudiés reposent à plusieurs milliers de mètres de profondeur et ne sont pas visibles.
Source et licence de l’image
FrankBanalis / Wikimedia Commons, CC BY 4.0. Photo de l’Atlantique prise en 2025, recadrée au format horizontal.

Dans l’Atlantique Nord-Est, certains fûts de déchets radioactifs abandonnés il y a plusieurs décennies sont aujourd’hui ouverts ou fortement corrodés. Les plongées scientifiques de 2026 ont confirmé que des matériaux s’en échappent et que des substances radioactives sont détectables dans leur environnement immédiat. Mais ces observations ne permettent pas encore de quantifier l’impact écologique de l’ensemble du site.

Ce constat est plus précis que les premières annonces de 2025. Le projet franco-international NODSSUM a désormais mené deux campagnes en mer, l’une pour repérer les fûts, l’autre pour les étudier de près. Que sait-on réellement de cette pollution historique, et que reste-t-il à mesurer ?

Plus de 200 000 fûts, mais seulement une petite partie repérée

Plusieurs pays européens ont utilisé les profondeurs de l’Atlantique comme lieu d’immersion de déchets radioactifs au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Dans les secteurs examinés par NODSSUM, plus de 200 000 fûts auraient été déposés, souvent à des profondeurs voisines de 4 700 mètres. Ce nombre est une estimation historique des déchets immergés, pas un décompte de fûts observés un par un.

Les recherches s’intéressent à une zone de quelque 14 500 km², très étendue même à l’échelle des fonds océaniques. Pour s’y orienter, les scientifiques ont utilisé en 2025 le robot sous-marin autonome UlyX, capable d’enregistrer des données acoustiques détaillées et de photographier des objets au fond. La campagne a permis de localiser 3 355 fûts, selon le premier bilan de l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (CNRS et Université de Strasbourg).

Cette exploration ne couvrait qu’une fraction du secteur d’immersion. L’École normale supérieure indique que les cartes détaillées représentaient environ 165 km², soit moins de 2 % de la superficie étudiée. On ne peut donc pas extrapoler mécaniquement l’état de ces milliers de fûts à l’ensemble des déchets immergés.

En 2026, les chercheurs sont descendus jusqu’aux fûts

La deuxième campagne s’est déroulée du 27 mai au 28 juin 2026. Cette fois, le sous-marin habité Nautile a permis aux équipes d’observer l’environnement immédiat de fûts sélectionnés, au lieu de se limiter à une cartographie à distance. Les plongées ont porté sur plusieurs secteurs présentant des situations différentes.

Les images ont révélé des enveloppes métalliques très dégradées, parfois ouvertes, avec de la matière répandue autour d’elles. Les fûts ne reposent pas dans un désert biologique : des anémones, des éponges et des crabes vivent sur ou à proximité de certains conteneurs. Cela démontre la présence d’organismes, sans démontrer qu’ils sont indemnes de contamination.

Dans son reportage publié le 2 juillet 2026, Le Monde décrit le passage d’une exploration à grande échelle à des prélèvements concentrés près de quelques fûts. Les chercheurs ont notamment comparé différentes formes de corrosion et examiné des matériaux visibles à l’intérieur d’un conteneur.

Quelles substances radioactives ont été détectées ?

Les instruments utilisés pendant la campagne 2026 ont enregistré, près de certains fûts, des signaux associés à des radionucléides tels que le cobalt 60 et le niobium 94. Des éléments comme le césium 137 et l’américium 241 ont également été détectés. Les chercheurs distinguent les signatures pouvant provenir des fûts d’autres sources de radioactivité déjà présentes dans le milieu océanique, par exemple les retombées anciennes d’essais nucléaires.

Il faut éviter deux raccourcis opposés. Dire qu’aucune radioactivité ne s’échappe serait incompatible avec les mesures rapportées. Affirmer que les fûts ont contaminé tout l’Atlantique ou entraîné un dommage sanitaire établi serait tout aussi injustifié : les résultats publiés concernent les zones et les prélèvements étudiés, et les analyses biologiques restent à approfondir.

Les scientifiques précisent que les contrôles radiologiques à bord ont permis d’éviter une contamination des équipements et de travailler sans difficulté majeure de radioprotection pour les équipes. Cette information concerne la sécurité de la mission ; elle ne constitue pas un bilan des effets à long terme sur la faune abyssale.

Pourquoi la vie autour des fûts complique l’analyse

Un objet métallique sur une plaine de sédiments crée une surface dure que certains organismes peuvent coloniser. Une différence entre la biodiversité observée sur un fût et celle du fond voisin ne prouve donc pas, à elle seule, un effet radiologique. Il faut mesurer les radionucléides, observer leurs éventuels transferts dans les organismes et comparer des milieux équivalents.

La stratégie des chercheurs inclut des prélèvements d’eau, de sédiments, d’organismes et de communautés microbiennes, ainsi que l’examen de secteurs voisins. Le bilan scientifique publié par l’ENS en juillet 2026 insiste sur ce travail de laboratoire, nécessaire pour déterminer les concentrations, la dispersion des substances et leurs effets possibles.

Lors de la première campagne, les équipes avaient prélevé 5 000 litres d’eau, effectué 345 carottages et collecté 34 poissons et crustacés, selon le compte rendu de l’IPHC du 11 juillet 2025. Il s’agit de matériaux destinés à l’analyse, pas de preuves immédiates d’un impact sur l’ensemble des populations animales.

Les prochaines réponses viendront des analyses, pas des images seules

Les plongées ont franchi une étape décisive : les fûts peuvent être localisés, photographiés et échantillonnés directement à grande profondeur. Elles montrent aussi que l’ancienne hypothèse d’un fond marin isolé et sans vie était erronée.

Ce travail ne permet pas encore de calculer la quantité totale de substances relâchées depuis des décennies, ni de mesurer une éventuelle conséquence à l’échelle de l’océan. Les campagnes de 2025 et 2026 constituent d’abord une base de mesures pour établir ces réponses, comparer les zones et comprendre ce qui se passe à plusieurs kilomètres sous la surface.

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