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Édouard Ferlet, entre l’écriture de Bach et la liberté d’improviser

De « Think Bach » à « Köln Variations », le pianiste et compositeur Édouard Ferlet explore les liens entre répertoire, improvisation et invention musicale.

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Les mains d’un pianiste sur le clavier lors d’un concert de jazz.
Source et licence de l’image
Jimmy Baikovicius from Montevideo, Uruguay — Wikimedia Commons — CC BY-SA 2.0

Pour Édouard Ferlet, Bach n’est pas seulement un répertoire à interpréter : c’est aussi un cadre avec lequel le jazz peut converser. Pianiste et compositeur, il explore depuis plusieurs années les passages entre musique classique et improvisation. L’émission spéciale du « Bach du dimanche », qui le reçoit pour sa 400e édition, offre un point d’entrée dans ce dialogue.

Une œuvre ancienne, un geste présent

Improviser sur Bach ne signifie pas simplement ajouter des notes à une partition. L’enjeu est de faire coexister deux façons de construire la musique : d’un côté, des œuvres écrites dont l’architecture guide l’interprétation ; de l’autre, une pratique où le musicien invente dans l’instant. Le lien entre les deux dépend des choix de l’interprète : ce qu’il conserve de la forme, ce qu’il transforme et la place qu’il laisse à l’inattendu.

Le parcours de Ferlet rend cette question centrale plutôt qu’anecdotique. Il découvre le jazz dès l’enfance, puis étudie la composition jazz au Berklee College of Music, où il obtient son diplôme en 1992. De retour en France, il travaille pour l’audiovisuel et rejoint la scène jazz parisienne. En 1999, il cofonde le Trio Viret avec le contrebassiste Jean-Philippe Viret et le batteur Antoine Banville. Le groupe devient l’un de ses principaux espaces d’expérimentation.

« Think Bach », une rencontre au long cours

Son album « Think Bach », paru en 2012, est consacré à l’œuvre de Jean-Sébastien Bach. Le titre annonce moins une simple transposition qu’une manière de prendre la musique du compositeur comme matière de réflexion. Le projet s’inscrit dans une recherche plus large, menée aussi en duo avec la claveciniste Violaine Cochard, où les traditions classique et jazz se rencontrent sans se confondre.

Cette distinction compte. Le clavecin et le piano n’occupent pas la même place dans leurs répertoires, et le jazz ne se résume pas à une liberté opposée à la musique écrite. L’improvisation demande elle aussi des repères, une écoute des autres et une organisation du discours musical. Pour un pianiste, travailler à partir de Bach peut ainsi faire ressortir les tensions entre structure et invention, plutôt que les effacer.

La page de France Musique associe à l’émission des extraits intitulés « Je me souviens plus », en duo avec Violaine Cochard, et « Agnus Dei », tiré de « Think Bach ». Ces repères permettent d’aborder deux facettes du parcours : la collaboration avec une claveciniste et le travail autour de Bach.

Du répertoire au nouvel album

Ferlet poursuit cette exploration avec « Köln Variations », annoncé par le label Mélisse pour le 6 novembre 2026. Le projet prend pour référence le « Köln Concert » de Keith Jarrett, enregistré en concert en 1975. Le dossier de presse d’Accent Presse décrit un dispositif associant le piano du musicien à un « pianoïd », présenté comme un instrument doté d’intelligence artificielle.

Le rapprochement avec Bach ne doit pas faire croire que les deux projets reposent sur le même matériau. « Think Bach » part de l’œuvre du compositeur baroque ; « Köln Variations » se tourne vers une improvisation emblématique de Jarrett et vers un dialogue entre le pianiste et son dispositif. Dans les deux cas, la question qui traverse le travail de Ferlet est celle des règles du jeu : une musique peut-elle garder une forme reconnaissable tout en laissant place à une réponse imprévue ?

C’est une manière féconde d’entrer dans son parcours. Plutôt que d’opposer fidélité au répertoire et liberté jazz, Ferlet choisit des projets où l’une met l’autre à l’épreuve. La 400e émission du « Bach du dimanche » prend ainsi place dans une recherche suivie, qui relie composition, interprétation et improvisation sans réduire Bach à un simple prétexte.

Références

Les mains d’un pianiste au Festival international de jazz de Punta del Este. Photographie d’illustration, distincte d’un concert d’Édouard Ferlet.

Crédit : Jimmy Baikovicius from Montevideo, Uruguay — Wikimedia Commons — CC BY-SA 2.0.

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