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Éoliennes et chauves-souris : ce que prouve vraiment le bridage nocturne

Des parcs français montrent une forte baisse de mortalité après des arrêts ciblés. Une autre étude impliquant le Luxembourg simule leur coût énergétique : les deux résultats ne mesurent pas la même chose.

Vue aérienne d’une éolienne au-dessus de champs en Basse-Saxe, photographie d’illustration.
Source et licence de l’image
Philip May / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Arrêter temporairement les pales aux heures les plus risquées peut réduire la mortalité des chauves-souris. Mais trois indicateurs doivent rester distincts : les animaux morts, leur activité enregistrée et l’électricité qui n’est pas produite. Des travaux français présentés en octobre 2026, ainsi qu’une étude impliquant l’Université du Luxembourg, permettent de comprendre cette différence.

Une baisse de mortalité mesurée dans des parcs français

Dans sa présentation du 20 octobre, le Muséum national d’histoire naturelle explique que les chercheurs ont examiné les données de plus de 600 parcs. Ils ont retenu 38 parcs comparables avant et après le bridage, avec 16 sites témoins sans cette mesure.

Les réductions rapportées atteignent 83 % pour les chauves-souris à écholocalisation de longue portée et 84 % pour celles à portée intermédiaire. Le Muséum ne rapporte pas d’effet significatif sur la mortalité des oiseaux migrateurs nocturnes.

Ce résultat concerne les groupes et les sites étudiés. Il ne garantit pas une réduction identique sur chaque installation. Les sites témoins servent précisément à mieux distinguer l’effet du bridage des variations entre années.

Pourquoi arrêter les turbines quand le vent est faible ?

Le bridage consiste ici à suspendre temporairement leur fonctionnement selon des conditions de risque. Certaines périodes nocturnes douces et peu venteuses sont favorables à l’activité des chauves-souris. Elles correspondent aussi à une production potentielle plus limitée.

Le choix du seuil pose donc un arbitrage concret : combien d’activité à risque peut-on éviter, pour quelle perte d’énergie ? Une règle uniforme ne décrit pas toutes les espèces, toutes les saisons ni tous les sites.

Une synthèse indépendante publiée en 2024, consultable sur Tethys, porte sur six installations nord-américaines et dix années. Elle estime qu’un seuil de démarrage à 5 mètres par seconde est associé à une réduction moyenne des mortalités de 62 %, avec une variabilité importante.

Ce chiffre ne contredit pas directement les résultats français : les installations, espèces, protocoles et seuils diffèrent. Il rappelle surtout qu’un pourcentage n’est interprétable qu’avec ses conditions d’obtention.

Une autre étude simule des arrêts mieux ciblés

Le texte scientifique de Barré et ses collègues, disponible en ligne depuis le 29 août et paru dans le volume de septembre du *Journal of Environmental Management*, repose sur 25 588 nuits de suivi acoustique à 123 nacelles françaises, entre 2017 et 2023.

L’équipe comprend des chercheurs de l’Université du Luxembourg. Elle utilise les enregistrements et les conditions météorologiques pour prévoir la présence des animaux et simuler différents scénarios d’arrêt.

Dans le scénario limité à la mi-avril à la mi-novembre, protéger 90 % de l’activité acoustique estimée correspond à une perte annuelle moyenne de production de 3,5 à 4,9 % selon les groupes étudiés. Avec une application sur l’année, les estimations correspondantes sont plus élevées : 5,2 à 7,6 %.

Protéger 90 % de l’activité ne signifie pas avoir observé 90 % de décès en moins. L’étude évalue des scénarios ; les auteurs demandent une validation sur le terrain. Ils déclarent aussi que l’acquisition des données a été financée par France Renouvelables, sans intervention du financeur dans l’analyse et l’interprétation.

Ce que le bridage peut régler, et ce qui reste à suivre

Arrêter les pales traite une exposition pendant certaines périodes. Cela ne suffit pas à établir l’évolution d’une population animale sur plusieurs années.

Pour lire les prochaines annonces, trois questions sont utiles : le résultat vient-il de comptages de mortalité ou d’enregistrements acoustiques ? Les arrêts ont-ils réellement été appliqués ou seulement simulés ? La perte d’électricité concerne-t-elle l’année entière ou une saison ?

Ces distinctions permettent de suivre un outil de réduction des impacts sans transformer un bon résultat local en promesse générale.

Sources

Photo d’illustration : Philip May / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

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