Un même lieu, deux cartes et près de deux siècles et demi d’écart : le Topoferrarisviewer de l’Institut géographique national belge propose de regarder le territoire autrement. Le rapprochement ne sert pas seulement à retrouver un village sous une ancienne orthographe. Il permet de poser une question précise : qu’est-ce qui, dans le paysage, a changé de forme, de place ou d’importance ?
L’outil s’appuie notamment sur la carte de Ferraris. Ce document n’a pas été conçu pour accompagner une promenade. Son histoire explique une partie de ce qu’il donne à voir.
Une carte pour connaître et administrer le territoire
Selon l’IGN, l’entreprise cartographique a été menée de 1771 à 1778, sous la direction de Joseph de Ferraris, sur commande du gouverneur Charles de Lorraine. Elle couvre les Pays-Bas autrichiens, dont la majeure partie du territoire belge actuel. Les 275 feuilles ont été dressées à l’échelle du 1:11 520.
Cette Carte de cabinet était accompagnée de près de 2 000 pages manuscrites consacrées à l’histoire, à la politique et à l’économie des lieux, destinées à préparer d’éventuelles opérations militaires. Ce voisinage entre dessin et renseignement rappelle qu’une carte répond d’abord aux besoins de ses commanditaires.
Il existe aussi une Carte marchande, publiée en 1778 : 25 feuilles au 1:86 400, donc moins détaillées. Confondre les deux éditions ferait comparer des documents qui ne décrivent pas le terrain à la même échelle. L’exemplaire de la Carte de cabinet conservé à KBR, à Bruxelles, est celui destiné à Charles de Lorraine, remis à la Belgique par l’Autriche en 1922.
Deux vues synchronisées plutôt qu’un souvenir flou
Dans sa présentation du Topoferrarisviewer, l’IGN annonce huit couches cartographiques couvrant différentes périodes, jusqu’à sa carte topographique récente au 1:25 000. La recherche peut partir d’une adresse, d’une commune, d’une rue ou d’un nom de lieu.
Le principe intéressant est la synchronisation : les deux vues montrent la même zone. On peut ainsi confronter un cours d’eau, un réseau de voies, les constructions ou la végétation sans déplacer séparément chaque carte. L’affichage peut se faire côte à côte ou l’une au-dessus de l’autre, et chaque couche possède une légende.
Avant de conclure qu’un élément a disparu, il faut donc examiner les symboles et l’échelle retenue. Une différence de représentation n’est pas automatiquement une transformation du terrain. La comparaison devient plus parlante lorsqu’elle porte sur une question limitée — le tracé d’une voie, par exemple — plutôt que sur l’impression générale d’un paysage devenu méconnaissable.
Retrouver le document derrière l’écran
KBR donne également accès aux 275 feuilles depuis un tableau d’assemblage. Ce découpage permet de revenir au document historique plutôt que de ne retenir que son affichage dans une application.
La bibliothèque conserve un ensemble bien plus large : plus de 130 000 cartes et plans en feuilles, environ 1 000 atlas et des documents allant du XIe siècle à aujourd’hui. Elle précise que tous les documents postérieurs à 1997 figurent dans son catalogue en ligne ; pour les plus anciens, une recherche dans les catalogues papier peut encore être nécessaire.
La bibliothèque invite aussi à considérer les visées politiques des cartes. L’image du territoire est un document à interroger, avec son auteur, sa date et sa fonction. Le rapprochement numérique facilite cette lecture ; il ne dispense pas de demander pourquoi telle route, telle limite ou tel relief a été représenté ainsi.
Sources
IGN — Histoire de la carte de Ferraris ; IGN — Topoferrarisviewer ; KBR — Carte de Ferraris ; KBR — Cartes et plans. Pages consultées le 20 octobre 2026.






