Un dos vert ou bleuté, une bande orange en zigzag et une tache noire sur le flanc : la « girelle royale » attire l’œil. Ce nom désigne une livrée de mâle de la girelle commune, *Coris julis*. Derrière ces couleurs se cache une particularité reproductive : certains individus peuvent passer d’une fonction femelle à une fonction mâle au cours de leur vie.
Deux parcours vers la fonction mâle
Le terme scientifique est protogynie : une phase reproductrice femelle peut précéder une phase mâle. Cela ne signifie pas que tous les individus suivent obligatoirement ce parcours.
Le Muséum-Aquarium de l’Université de Liège rappelle la présence de mâles parmi les girelles à robe plus discrète, brune et claire. Il faut donc distinguer les mâles primaires, mâles dès leur première maturité sexuelle, des mâles secondaires, issus d’un changement de fonction reproductrice. Cette coexistence porte le nom de diandrie.
La couleur donne un indice, mais ne suffit pas à reconstituer toute la trajectoire d’un poisson. Une petite girelle à la livrée initiale n’est pas nécessairement une femelle. Et le changement de sexe n’est pas un simple changement de costume.
Une identification devenue plus précise
Une autre précaution concerne le nom de l’espèce. Une étude de Ramírez-Amaro et ses collègues, publiée en octobre 2021, a séparé deux espèces longtemps regroupées sous *Coris julis*. Les auteurs ont croisé l’examen de la morphologie avec des analyses génétiques.
Ils distinguent *C. julis*, surtout méditerranéenne, de *C. melanura*, principalement présente dans l’Atlantique oriental et aussi en Méditerranée occidentale. Il serait donc inexact d’attribuer sans précaution à une seule espèce toutes les anciennes descriptions couvrant ces deux régions. Cette révision de 2021 invite à vérifier le lieu et les critères d’identification d’une photographie.
Dans les rochers et les herbiers
La fiche naturaliste DORIS de la FFESSM situe la girelle près des fonds rocheux et des herbiers. Elle décrit un régime de petits animaux, dont des crustacés, des mollusques et des vers, ainsi qu’un enfouissement dans le sable la nuit.
L’intérêt de ce poisson tient ainsi à deux niveaux d’observation : reconnaître une espèce et comprendre sa reproduction. La robe colorée offre un point de départ ; elle ne dispense pas de distinguer le sexe, la phase de vie et l’identité de l’animal.
*Photo : Diego Delso, delso.photo, Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0, recadrée. Cabo de Palos, 2022.*






