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M6 face à YouTube : pourquoi les chaînes misent sur les rendez-vous en direct

Pour un tiers des utilisateurs de moins de 25 ans, allumer le téléviseur signifie d’abord ouvrir YouTube, selon l’Arcom. L’écran du salon est toujours là ; les chaînes n’en sont plus l’entrée obligée.

Un microphone sur pied devant une salle vide, photographie d’illustration des entretiens consacrés aux médias.
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Photo d’illustration : Borta / Pexels, licence Pexels. La scène ne représente ni Nicolas de Tavernost ni un studio de télévision précis.

Pour un tiers des utilisateurs de moins de 25 ans, allumer le téléviseur signifie d’abord ouvrir YouTube, selon l’Arcom. L’écran du salon est toujours là ; les chaînes n’en sont plus l’entrée obligée. C’est dans cette concurrence que Nicolas de Tavernost défend le retour des grands rendez-vous en direct.

Une chaîne née à l’époque des rendez-vous fixes

M6 a commencé à émettre en 1987. Entré cette année-là comme directeur général adjoint, Nicolas de Tavernost a pris la présidence du directoire en 2000, avant de la quitter en 2024. Ces fonctions successives sont retracées dans le document de référence du groupe. Son parcours rappelle que la télévision commerciale repose sur un équilibre difficile : produire ou acheter des programmes capables d’attirer un public, puis financer ces dépenses notamment grâce à la publicité.

Lors de son départ, le 23 avril 2024, David Larramendy lui a succédé à la présidence du directoire de M6. Le Monde a retracé cette transition, en soulignant un changement déjà central : la consommation à la demande progresse, tandis que le modèle traditionnel fondé sur un horaire commun doit se transformer. À cette date, le groupe affichait notamment l’ambition de développer fortement son catalogue numérique à l’horizon 2028. Il s’agissait d’objectifs annoncés, pas de résultats déjà atteints.

Pourquoi le téléviseur n’a pas disparu, mais son usage change

L’édition 2026 de l’étude Tendances audio-vidéo de l’Arcom, publiée le 31 mars, nuance l’idée d’une disparition de la télévision. Le téléviseur reste l’équipement le plus utilisé pour regarder des vidéos en France. En revanche, le smartphone est privilégié par les plus jeunes, tandis que les plateformes s’installent dans les usages du salon.

Un chiffre résume cette évolution : pour un tiers des utilisateurs de moins de 25 ans, YouTube constitue le premier réflexe lorsqu’ils allument leur poste de télévision, selon l’étude. Cela ne veut pas dire qu’un tiers de tous les jeunes Français ne regarde plus jamais les chaînes. La mesure concerne précisément le comportement déclaré d’un groupe d’utilisateurs sur un appareil donné. Les données et la méthode sont présentées par l’Arcom.

L’Arcom note aussi que les extraits ou vidéos issus d’émissions de télévision linéaire figurent parmi les contenus consommés sur YouTube. Les deux univers ne sont donc pas totalement séparés : une émission peut commencer sur une chaîne et poursuivre sa vie sur une plateforme. Pour un producteur, cette circulation crée des occasions de toucher d’autres publics, mais elle pose également la question de la maîtrise de la distribution et des revenus associés.

« Événementialiser » : une réponse possible, pas une formule magique

Invité de France Inter le 23 septembre 2026, Nicolas de Tavernost a défendu l’« événementialisation » de la télévision linéaire. Derrière ce terme, l’idée est simple : proposer des programmes dont l’intérêt dépend d’un moment partagé, comme un événement sportif, une finale ou une grande émission en direct. L’entretien de France Inter est répertorié dans le flux de son podcast.

Cette stratégie a une logique économique. Un rendez-vous collectif peut concentrer l’attention du public et permettre aux annonceurs de toucher simultanément de nombreux téléspectateurs. Mais elle comporte aussi des limites : les droits sportifs peuvent coûter cher, l’audience d’un événement est incertaine et les téléspectateurs continuent de choisir des programmes à la demande le reste du temps.

Il serait donc excessif de présenter le direct comme la seule voie de survie des chaînes. Les fictions disponibles en replay, l’information vérifiée, les programmes locaux et les catalogues accessibles sur plusieurs écrans peuvent eux aussi participer à la valeur d’un diffuseur. Tout dépend du public, du financement, des droits détenus et de la capacité à rendre ces contenus facilement accessibles.

La publicité et le service public ne remplissent pas exactement la même fonction

Au cours du même entretien, l’ancien dirigeant d’une chaîne privée a également défendu le maintien d’un audiovisuel public financé par des ressources publiques. La prise de position est significative, mais elle reste la sienne : elle ne met pas fin aux débats sur les missions des médias publics, leurs ressources et la place de la publicité.

Une chaîne commerciale doit rechercher des revenus compatibles avec ses coûts de programmation. Un média de service public répond, lui, à des obligations particulières qui ne se confondent pas avec la seule recherche d’audience. Cela n’exempte aucun acteur de devoir justifier ses dépenses, sa gouvernance ou son indépendance éditoriale.

Ce que le parcours de M6 permet de comprendre

Le cas de Nicolas de Tavernost ne raconte pas seulement une réussite individuelle. Il montre comment une entreprise de télévision a dû passer d’une économie centrée sur les fréquences, les grilles et les écrans publicitaires à une concurrence où l’utilisateur choisit davantage le moment, le support et le service.

L’avenir ne se résume probablement ni à un retour intégral aux rendez-vous télévisés, ni à la disparition des chaînes traditionnelles. Le même public peut suivre un match en direct, rattraper un documentaire le lendemain et découvrir un extrait sur son téléphone. La question décisive est désormais de savoir qui finance les programmes, qui contrôle leur accès et quelles garanties accompagnent leur diffusion. C’est sur ces mécanismes, plus que sur la nostalgie d’une époque, que doit porter le débat autour de la télévision de demain.

Photographie : Photo d’illustration : Borta / Pexels, licence Pexels. La scène ne représente ni Nicolas de Tavernost ni un studio de télévision précis. Source et conditions de réutilisation.

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