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Moineau domestique : pourquoi son pépiement se fait plus rare dans certaines villes

L'Europe a perdu environ la moitié de ses moineaux domestiques entre 1980 et 2017. Que disent réellement ces chiffres, et comment lire les comptages des jardins luxembourgeois de 2020 et 2025 ?

Moineau domestique mâle perché sur une branche devant un feuillage vert.
Source et licence de l’image
caroline legg / Wikimedia Commons — CC BY 2.0. Photographie d’illustration, cadrage adapté.

Le moineau domestique ne produit pas de longues mélodies comme le merle. Son langage ressemble plutôt à une conversation faite de petits cris courts, répétés à proximité des toits, des terrasses et des haies. Il suffit pourtant que les colonies deviennent moins nombreuses pour que ce fond sonore familier se fasse plus discret. C’est ce qui inquiète les ornithologues dans plusieurs régions d’Europe.

Derrière une question apparemment simple, « pourquoi entend-on moins les moineaux ? », se cachent deux sujets distincts : la communication d’une espèce très sociable et la mesure de ses populations sur plusieurs décennies. Les données disponibles éclairent le second, sans prouver que chaque jardin connaît la même évolution.

Quel oiseau entend-on pépier ?

Le moineau domestique, *Passer domesticus*, fréquente les villes, les villages et les milieux agricoles. Le mâle se reconnaît à sa calotte grise et à sa bavette sombre ; la femelle présente un plumage plus uniforme, dans les tons bruns. Ces critères aident à ne pas le confondre avec le moineau friquet, une autre espèce européenne.

Son cri habituel est souvent décrit par des syllabes comme « tchip » ou « tchirp ». En français, on parle de *pépiement*. Les émissions varient selon les situations : contact entre membres d’un groupe, échanges autour d’un site de nidification, alarmes ou sollicitations des jeunes. Il serait trompeur d’attribuer à chaque son une « phrase » traduisible en langage humain.

Le moineau vit volontiers en groupes, se nourrit notamment de graines et recherche aussi de petites proies. Pour ses poussins, les insectes et autres invertébrés sont particulièrement utiles pendant les premiers jours de croissance. Le British Trust for Ornithology décrit cette proximité avec l’habitat humain et l’importance des ressources alimentaires situées à faible distance du nid.

L’Europe a-t-elle réellement perdu la moitié de ses moineaux ?

Une analyse publiée en 2021 par une équipe associant des chercheurs de la RSPB, de BirdLife International et de la Société ornithologique tchèque estime que l’Europe a perdu environ 247 millions de moineaux domestiques entre 1980 et 2017. Cela représente une baisse d’environ 50 % pour l’espèce sur la période étudiée. Les auteurs ont exploité les programmes européens de suivi des oiseaux nicheurs et les données communiquées par les États.

Ce chiffre ne concerne ni la planète entière, ni les seules villes françaises, ni une campagne de comptage réalisée en 2026. Il s’agit d’une estimation de tendance sur plusieurs décennies et à grande échelle. Le communiqué de BirdLife International du 16 novembre 2021 donne la méthode et les principaux résultats : environ 600 millions d’oiseaux nicheurs de différentes espèces auraient disparu du périmètre européen étudié sur la période.

D’autres suivis présentent des résultats différents selon l’échelle géographique et la période retenue. Le British Trust for Ornithology décrit ainsi des trajectoires contrastées entre régions du Royaume-Uni, avec un recul très marqué depuis les années 1970 mais des variations plus récentes qui ne peuvent être comparées directement à l’estimation européenne 1980-2017. Une tendance nationale ne décrit pas uniformément tous les quartiers ou jardins.

Et au Luxembourg ?

Au Luxembourg, le moineau domestique reste un oiseau bien présent dans les jardins. Lors du comptage hivernal de 2020 organisé par natur&ëmwelt, il a été signalé dans 74 % des jardins participants. Avec 5 037 individus notés, il était même l’espèce la plus abondante en nombre d’individus dans cette opération, selon le bilan publié par Lëtzebuerger Gemengen.

Lors du comptage hivernal de janvier 2025 relayé par Chronicle.lu, le moineau domestique a été observé dans 68 % des jardins participants. Cet indicateur de présence est distinct du nombre total d'oiseaux, et le changement de participation d'une année à l'autre empêche d'assimiler directement 74 % en 2020 et 68 % en 2025 à une baisse de population de six points.

Un contrôle des publications révèle toutefois une divergence pour 2025 : la page préparant le recensement de janvier 2026, publiée par natur&ëmwelt, mentionne 75 % des jardins pour le moineau domestique lors de l'édition précédente, au lieu des 68 % donnés par le bilan de mars 2025. Cette différence n'est pas expliquée dans les pages consultées. Par prudence, aucun de ces taux ne doit servir isolément à calculer l'évolution récente des effectifs luxembourgeois. Les deux publications sont accessibles au lecteur pour qu'il puisse vérifier la divergence.

Ces chiffres ne contredisent pas le recul européen : une espèce peut rester commune localement tout en perdant des effectifs à l’échelle de plusieurs décennies. Ils n’établissent pas non plus l’évolution de la population luxembourgeoise depuis 2020. Un recensement participatif de jardins, réalisé à une période précise de l’hiver, ne constitue pas un dénombrement exhaustif de tous les moineaux du pays.

Pour connaître la tendance nationale, il faut disposer de séries de comptages comparables dans le temps et d’une méthode permettant de corriger les différences de participation et d’observation.

Pourquoi les populations urbaines reculent-elles ?

Aucune explication unique n’est confirmée pour tous les territoires. Les chercheurs examinent plusieurs pressions, qui peuvent agir ensemble : perte de sites de nidification, diminution de la nourriture, changements de pratiques agricoles, pollution et maladies. BirdLife souligne que les causes précises du déclin dans certaines villes restent partiellement inconnues.

Les rénovations de bâtiments peuvent supprimer les petites cavités utilisées pour nicher. Dans les secteurs où les insectes sont rares, les adultes peuvent rencontrer des difficultés à nourrir les jeunes. La raréfaction des haies, des espaces enherbés et des ressources en graines modifie également les possibilités d’alimentation. Ces mécanismes sont plausibles et documentés, mais leur importance relative varie d’un lieu à l’autre.

Un moineau absent un matin ne constitue pas une preuve de disparition : l’heure, la saison, la météo et la présence d’autres groupes influencent les observations. C’est précisément pour dépasser ces impressions individuelles que les programmes ornithologiques reposent sur des mesures répétées.

Préserver des lieux pour nicher, sans croire au geste miracle

Les jardins peuvent offrir une partie des ressources dont l’espèce a besoin. Garder des haies, diversifier les plantations et réduire les traitements qui affectent les insectes sont des pistes cohérentes avec son écologie. Là où les cavités de nidification manquent, certains nichoirs peuvent compléter les sites naturels.

La RSPB britannique recommande pour le moineau domestique un trou d’entrée d’environ 32 millimètres. L’emplacement doit rester à l’abri des fortes chaleurs et des intempéries ; dans tous les cas, il faut éviter de déranger un nid occupé. Installer un nichoir ne garantit ni son adoption ni une augmentation mesurable de la population.

Protéger le moineau revient surtout à regarder autrement des éléments urbains ordinaires : un espace de terre non traité, une cavité conservée sous une toiture, une haie où l’on trouve des insectes. La présence de pépiements dans un quartier dit quelque chose de la place laissée à une espèce familière, mais seul un suivi dans la durée peut dire si elle progresse réellement.

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