À Morteau, la place de l'Hôtel de Ville va devenir une case de Monopoly. L'idée peut sembler anecdotique. Elle résume pourtant le pari de l'association Morteau Votre Ville pour ses 90 ans : donner aux habitants des raisons de regarder leur centre-ville autrement, puis d'y revenir. Entre jeu de société et rendez-vous de décembre, l'anniversaire relie mémoire locale et activité commerciale, sans que l'une suffise à garantir l'autre.
Un plateau pour faire reconnaître la ville
La Fédération nationale des centres-villes présente une édition officielle du Monopoly consacrée à Morteau, annoncée pour novembre 2026. Les rues, les commerces et les traditions de la commune du Doubs remplacent les repères habituels du jeu. La place de l'Hôtel de Ville prend notamment la position occupée par la rue de la Paix sur le plateau classique.
Selon la fédération, le tirage prévoit 2 000 exemplaires à 40 euros. Plus de 1 400 avaient été prévendus au moment de sa présentation. Ce chiffre constitue un état des précommandes rapporté par l'organisation, pas un décompte des stocks encore disponibles aujourd'hui.
Les commerçants peuvent apparaître sur les cases ou les cartes. Le principe dépasse ainsi le souvenir touristique : une enseigne devient un élément du récit que la ville fait d'elle-même. Pour les habitants, reconnaître une place ou une référence gastronomique peut être aussi important que remporter la partie.
Une association qui construit du collectif
Dans sa présentation publiée le 30 octobre, ICI Besançon rappelle que l'association des commerçants remonte à 1936 et compte environ 120 adhérents. Elle anime la vie commerciale à travers des braderies, des rencontres et les chèques Morteau Cadeaux, utilisables dans plusieurs boutiques.
Ces outils ne remplissent pas tous la même fonction. Un bon d'achat oriente une dépense vers un réseau de magasins. Une animation donne une occasion de déplacement. Un jeu personnalisé crée un objet que l'on peut offrir et conserver. Les réunir permet de multiplier les points de contact, plutôt que de faire reposer l'anniversaire sur un seul rendez-vous.
ICI évoque aussi la contribution d'archives, de photographies anciennes et de témoignages aux projets de cette année particulière. L'histoire des commerces devient une matière à partager : elle raconte des habitudes, des lieux et des changements qui ne se résument pas à un catalogue de produits.
Décembre : associer la promenade aux boutiques
Le programme présenté le 16 octobre par Radio Plein Air annonce « Noël en Lumières » du 1er au 24 décembre 2026. Le village de Noël est prévu place de l'Hôtel de Ville du 9 au 24 décembre, avec des chalets et une patinoire. Ces dates sont celles de la programmation annoncée ; les horaires détaillés restent à vérifier auprès de la Ville avant un déplacement.
Deux soirées concentrent le lien entre patrimoine et commerce : les 11 et 12 décembre, des projections doivent raconter l'évolution des commerces mortuaciens. Le Kolektif Alambik et les écoles participent au projet. Des nocturnes commerciales sont annoncées de 17 heures à 21 heures, dans un centre-ville rendu piéton pour l'occasion.
L'intérêt de ce rapprochement est concret : la promenade lumineuse et les magasins ouverts partagent un même créneau. Le visiteur n'a pas à choisir entre venir pour un spectacle et revenir un autre jour pour les boutiques. C'est une intention d'organisation ; son effet sur les achats ne pourra être apprécié qu'après les événements.
Précommandes, fréquentation, ventes : trois mesures différentes
L'enthousiasme autour d'un Monopoly local ne permet pas, à lui seul, de mesurer la santé du commerce mortuacien. Les précommandes renseignent sur l'intérêt pour le jeu. La fréquentation d'une soirée renseignerait sur son attractivité. Le chiffre d'affaires des magasins apporterait encore une autre information.
Cette distinction évite de transformer un anniversaire en démonstration économique prématurée. Une famille peut assister à une projection sans acheter. Elle peut aussi découvrir une boutique ce soir-là et y revenir plus tard. À l'inverse, la vente d'un jeu ne signifie pas nécessairement une dépense supplémentaire répartie entre tous les commerçants.
Pour juger l'opération, il serait donc utile de rapprocher plusieurs éléments : participation des enseignes, circulation entre les différentes rues, retours des commerçants et évolution des visites après les fêtes. Aucun bilan de ce type ne peut encore être tiré des annonces de novembre. Les rendez-vous principaux sont à venir.
Une identité locale à faire vivre après l'anniversaire
Le projet pose une question qui concerne bien d'autres centres-villes : comment faire exister un ensemble de commerces comme une destination, alors que chaque boutique vend quelque chose de différent ? À Morteau, la réponse proposée passe par des lieux connus, des souvenirs partagés et un calendrier commun.
Ce choix a une force : il s'appuie sur ce que la commune possède déjà. Il a aussi une limite : l'attachement à une ville ne dispense pas de répondre aux besoins concrets des clients, de la disponibilité des produits à la lisibilité des horaires. La convivialité peut créer une occasion de rencontre ; elle ne remplace pas le service rendu au quotidien.
Le Monopoly et les lumières seront les éléments les plus visibles des 90 ans. La réussite durable se jouera aussi dans un geste moins spectaculaire : donner envie de pousser une porte, de parler à un commerçant et de revenir lorsque les décorations auront disparu.
Photo d'archive : l'Hôtel de Ville de Morteau et sa place, également présents dans le projet de jeu consacré à la commune.






