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« Spectres » de Thomas Gunzig : découvrir un monde, puis l’exploiter

Dans « Spectres », une découverte scientifique devient une aventure industrielle et familiale. Ce que le roman propose, et ce que son auteur dit de la science.

Thomas Gunzig à la Foire du livre de Bruxelles en mars 2025
Source et licence de l’image
Lafloche / Wikimedia Commons / CC0 1.0

Une découverte scientifique ouvre un autre monde ; une entreprise y voit aussitôt une ressource à exploiter. Avec « Spectres », paru le 20 août 2026 chez Au diable vauvert, Thomas Gunzig fait tenir dans la même aventure une catastrophe climatique, une expédition industrielle et une histoire familiale. L’entrée la plus éclairante dans ce roman est peut-être cette question : que devient la curiosité lorsque la promesse de sauver le monde rencontre l’avidité ?

Cette présentation documentée s’appuie sur le dossier de l’éditeur, un entretien de l’auteur et deux lectures critiques. Elle ne constitue pas une critique issue d’une lecture intégrale du livre et laisse de côté les révélations de son intrigue.

Une mission collective, une inquiétude intime

Le point de départ ressemble à une solution de dernier recours. La physicienne Léa a découvert une dimension parallèle où une matière pourrait répondre au dérèglement climatique. Une station, RockSolid1, y accueille une expédition de quelque 2 500 personnes, partie pour sept ans. Tom, son ancien compagnon, y travaille à la maintenance. La disparition de leur fille Lou fait basculer ce dispositif organisé dans l’incertitude.

Ce cadre, décrit par Nicolas Stetenfeld dans Le Carnet et les Instants, donne deux échelles à l’histoire : celle d’une opération destinée à répondre à un problème planétaire et celle de parents confrontés à l’absence d’un enfant. Le lecteur n’a pas besoin de connaître les explications de la disparition pour comprendre ce déplacement. Une mission peut avoir un objectif collectif immense sans rendre moins décisive la vie d’une seule personne.

Stetenfeld situe le roman du côté d’une science-fiction nourrie d’hypothèses scientifiques, tout en soulignant la place de l’intrigue et des liens affectifs. C’est son appréciation de lecteur ; elle ne vaut pas validation scientifique de l’univers imaginé. Lire sa recension.

La science comme point de départ, pas comme certificat

Gunzig explicite lui-même cette liberté dans un entretien accordé à Fanny Guyomard pour Sciences Ouest, publié le 6 octobre. Il raconte avoir grandi au contact d’un milieu scientifique et avoir fait relire son texte par des physiciens. Mais il distingue nettement cette familiarité d’une obligation de vraisemblance : les concepts servent d’abord une histoire.

À propos de la gravitation quantique à boucles, il dit ainsi : « je brode allègrement ». Cette précision compte. Une théorie peut fournir au romancier une intuition ou une image sans que le monde qu’il en tire devienne une prévision. La relecture par des scientifiques n’efface pas ce passage volontaire vers l’invention.

L’entretien met aussi en avant les émotions, l’enthousiasme et l’intuition dans le travail de recherche. Gunzig rapproche sous cet angle création artistique et activité scientifique. On peut y voir une piste pour aborder Léa comme un personnage, avec une curiosité et des attachements, plutôt que comme la simple porte-parole d’un savoir. L’entretien dans Sciences Ouest.

Découvrir ne signifie pas disposer

La présentation de l’éditeur insiste sur la rapidité avec laquelle la découverte devient exploitation. Ce qui était inconnu se transforme en territoire industriel. L’auteur y associe explicitement son projet à l’avidité, mais aussi à l’amour et au plaisir de l’aventure.

Ce rapprochement permet une entrée de lecture qui dépasse le seul décor futuriste : qui définit ce qu’un nouveau monde doit devenir ? Le fait de pouvoir l’atteindre suffit-il à justifier ce qu’on y fait ? Ce sont des questions que le dispositif invite à poser, sans présumer ici des réponses du roman ni en révéler les ressorts.

Dans Diversions, Dominique Demangeot insiste pour sa part sur le mélange de science-fiction, de thriller et de mysticisme. Il rapproche l’entreprise fictive ZenithDynamics de grands acteurs technologiques contemporains. Cette comparaison appartient à sa lecture critique : elle ne transforme pas un personnage du livre en portrait documentaire d’une personne réelle. La chronique de Diversions.

Une rencontre pour entendre l’auteur

Pour prolonger cette entrée dans l’œuvre, la Maison de la poésie à Paris annonce une rencontre avec Thomas Gunzig le mercredi 11 novembre 2026 à 20 heures, dans le festival Paris en toutes lettres. Le programme porte sur la naissance de « Spectres », présenté comme le fruit de trois années de travail, et sur ce que l’invention d’un futur change dans le regard porté sur le présent.

La rencontre est annoncée au 157, rue Saint-Martin, à Paris. La page de l’organisateur donne les modalités de réservation ; mieux vaut la consulter avant de se déplacer. Programme et réservation auprès de la Maison de la poésie.

« Spectres », de Thomas Gunzig, Au diable vauvert, parution le 20 août 2026. ISBN : 9791030707359. Fiche de l’éditeur.

Photo d’archive : Thomas Gunzig à la Foire du livre de Bruxelles, le 16 mars 2025.

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