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Marché de l’art

Pourquoi les « Iris » de Monet ont atteint 50 millions d’euros à Paris

Vendu 50 millions d’euros frais compris, le tableau « Iris » révèle une histoire plus vaste : les dernières années de Monet à Giverny, la collection Schlumberger et un chef-d’œuvre longtemps caché.

Façade d’un bâtiment Sotheby’s à Paris, avec une enseigne noire, une entrée cintrée et une statue en pierre au premier plan.
Source et licence de l’image
Photo d’illustration — Façade de Sotheby’s à Paris, avec une enseigne visible et une statue en pierre devant l’entrée. Prise de vue : 08/04/2010. Wikimedia Commons / Mu — CC BY-SA 3.0. Redimensionnement, recadrage de couverture et conversion WebP sous la même licence. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sotheby%27s,_rue_de_Duras,_Paris_8.jpg ; licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0

Un tableau demeuré dans une collection privée pendant des décennies, près de quarante-cinq minutes d'enchères et un prix de 50 millions d'euros, frais compris : la vente d'« Iris » de Claude Monet, le 22 octobre 2026 à Paris, raconte davantage qu'un record. Elle remet en lumière une peinture de la toute fin de la vie de l'artiste, le regard d'une collectionneuse et une période de création aujourd'hui considérée comme l'une des plus audacieuses de l'impressionnisme.

Chez Sotheby's, le prix au marteau a atteint 43 millions d'euros. Les frais acquittés par l'acheteur portent le total à environ 50 millions. Six enchérisseurs se seraient affrontés pendant près de trois quarts d'heure, selon les comptes rendus de la vente, avant l'acquisition de l'œuvre par un collectionneur privé représenté par téléphone. L'estimation préalable était de 22 à 30 millions d'euros, hors frais.

« Iris » : un jardin qui remplit presque tout le tableau

Peinte vers 1924-1925, cette huile sur toile mesure 159,6 × 180 cm. Elle appartient aux dernières recherches de Monet à Giverny. Sur la reproduction publiée par Sotheby's, les feuilles élancées et les fleurs émergent de masses de verts, de bleus, de violets et de jaunes. Le regard peine à fixer une ligne d'horizon : végétation, eau et reflets semblent se rejoindre.

C'est l'une des singularités de l'œuvre. Il ne s'agit pas d'un relevé botanique de quelques iris, mais d'une peinture qui enveloppe le spectateur dans les couleurs et la matière du jardin. Les touches demeurent visibles, tandis que certaines formes se dissolvent. Cette liberté de composition rapproche « Iris » des grands travaux de la fin de carrière de Monet, sans faire pour autant de cette toile une peinture entièrement abstraite.

Le tableau est l'un des grands formats consacrés aux iris au cours des années 1920. Le musée Marmottan Monet, à Paris, conserve lui aussi des œuvres de cette période, dont « Iris jaunes et mauves » (1924-1925). Cette comparaison permet de situer la toile vendue au sein d'une recherche poursuivie sur un même motif, et non comme une peinture isolée.

Qui était Claude Monet ?

Né à Paris le 14 novembre 1840, Claude Monet grandit au Havre. Le peintre Eugène Boudin l'encourage à travailler devant la nature, en plein air. À Paris, dans l'atelier de Charles Gleyre, Monet côtoie notamment Auguste Renoir, Alfred Sisley et Frédéric Bazille.

En 1874, il participe à l'exposition indépendante qui donnera son nom à l'impressionnisme. Son tableau « Impression, soleil levant » inspire au critique Louis Leroy le terme d'« impressionnistes ». Au lieu de rechercher un contour immuable, Monet fait des variations de lumière, de couleur et d'atmosphère un sujet essentiel de sa peinture.

La suite de son parcours est marquée par les séries : les meules, les peupliers, les façades de la cathédrale de Rouen. Peindre plusieurs fois un même motif ne signifie pas le répéter à l'identique. Monet observe comment la lumière, la saison et l'heure transforment ce que l'on croit connaître. Ce cheminement aide à comprendre « Iris » : un jardin familier devient un terrain d'expérimentation picturale.

Giverny, le jardin comme atelier

Monet s'installe à Giverny en 1883 et achète sa propriété en 1890. Il façonne progressivement un jardin de fleurs et un jardin d'eau, avec bassin de nymphéas et pont japonais. Pendant des décennies, ces espaces lui servent de modèles vivants.

À partir des années 1890, puis plus intensément dans les dernières années de sa vie, son travail sur le bassin et les fleurs prend une ampleur nouvelle. Les formats s'agrandissent ; certains tableaux semblent écarter le paysage traditionnel pour plonger directement dans les reflets et la végétation.

En 1923, Monet est opéré de la cataracte. Ses troubles visuels et ses difficultés à percevoir les couleurs appartiennent au contexte de sa création tardive, mais ils ne suffisent pas à expliquer à eux seuls les choix artistiques d'« Iris ». Les recherches sur les cadrages, les séries et les grandes surfaces peintes avaient commencé bien avant.

Le parallèle le plus célèbre est celui des « Nymphéas » du musée de l'Orangerie. Leur cycle occupe le peintre jusqu'à sa mort, en 1926. Il en fait don à l'État français ; les grandes compositions sont installées à l'Orangerie en 1927, après sa disparition. Le visiteur peut aujourd'hui y découvrir comment Monet pensait la peinture à l'échelle d'un espace entier.

Pourquoi ce tableau a-t-il été si longtemps invisible ?

« Iris » provient de la collection de Jeanne Schlumberger (1889-1983), rassemblée sur plusieurs décennies. L'histoire de son acquisition mérite autant d'attention que celle de la vente : la provenance publiée dans le catalogue Sotheby's indique la succession du peintre, puis son fils Michel Monet, la galerie Katia Granoff et enfin la collection Schlumberger.

Katia Granoff joue un rôle important dans la redécouverte des dernières œuvres de Monet au milieu du XXe siècle. Sotheby's rapporte qu'elle a développé ses liens avec Michel Monet dans les années 1950 et qu'elle a acquis un ensemble de toiles tardives. Jeanne Schlumberger, proche de cette galeriste, s'intéresse alors à une période de l'œuvre de Monet encore moins reconnue qu'aujourd'hui.

La collectionneuse préférait vivre entourée de ses tableaux plutôt que les faire circuler dans les expositions, selon la présentation de Sotheby's. « Iris » est ainsi resté à l'écart du public pendant des décennies. Sa présentation à Paris en septembre 2026, avant la vente, a marqué une sortie de cette longue discrétion. L'expression « inédit » doit donc se comprendre au regard de cette histoire : le tableau était longtemps demeuré inaccessible, mais il avait été montré au public avant les enchères du 22 octobre.

Que signifie vraiment le record de 50 millions ?

Le résultat établit, en valeur nominale et frais inclus, un record pour une œuvre vendue aux enchères en France, d'après Sotheby's et plusieurs médias spécialisés. Cela ne signifie pas qu'il s'agit du Monet le plus cher jamais vendu dans le monde : « Meules » avait atteint 110,7 millions de dollars frais compris à New York en 2019.

Il faut également éviter une comparaison trompeuse avec les ventes françaises anciennes sans tenir compte de l'inflation et des conversions monétaires. Le prix d'une œuvre reflète les circonstances d'une vente, sa rareté sur le marché, l'intérêt des collectionneurs et sa provenance documentée. Ce montant ne résume pas sa valeur artistique.

La vente de la collection Schlumberger dans son ensemble a totalisé environ 74,4 millions d'euros frais inclus. Dans le cas d'« Iris », l'événement réunit donc deux récits : l'un porte sur un marché prêt à payer très cher un tableau longtemps caché ; l'autre sur un artiste qui, presque octogénaire puis au-delà de 80 ans, continuait à renouveler radicalement sa façon de regarder son propre jardin.

Où découvrir les autres Monet de cette période ?

  • À Paris, au musée de l'Orangerie, les grandes compositions des « Nymphéas » montrent l'ambition immersive de ses dernières années.
  • Au musée Marmottan Monet, les notices des « Iris » et d'« Iris jaunes et mauves » permettent de comparer plusieurs peintures florales datées de 1924-1925.
  • À Giverny, la maison et les jardins de Monet permettent de retrouver les lieux qui ont nourri ces recherches sur la lumière, l'eau et les fleurs.

Sources et références

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