En Papouasie-Nouvelle-Guinée, pister le casoar revient à lire la forêt autrement : une empreinte, un fruit entamé ou une trouée dans la végétation peuvent signaler le passage d’un oiseau difficile à voir. Le documentaire « Sur la piste du casoar » fait de cette recherche le point de départ d’une rencontre avec les Kasua et avec les liens qui unissent humains, animaux et territoire.
Un oiseau que l’on suit à ses traces
Le casoar est un grand oiseau, décrit dans le dossier de presse comme pouvant approcher deux mètres et peser jusqu’à 80 kilos. Mais sa taille ne le rend pas facile à observer. Le documentaire le présente comme furtif, rapide et habile dans la forêt. L’expédition doit donc s’attacher à des indices indirects : empreintes dans la boue, fruits consommés, végétation remuée.
Ces traces ne sont pas seulement des signes annonçant une rencontre possible. Elles renseignent sur la manière dont un animal se déplace et se nourrit dans un milieu dense. La recherche du casoar devient ainsi une façon d’apprendre à observer l’ensemble de la forêt, plutôt que de concentrer le regard sur l’animal seul.
Chez les Kasua, le casoar est surnommé le « Grand Jardinier ». D’après la présentation de France Télévisions, il mange des fruits et transporte leurs graines, contribuant ainsi à la régénération de la forêt. Le dossier souligne aussi la place de l’oiseau dans la vision kasua du territoire et dans les relations avec les esprits. Ces dimensions écologiques et culturelles sont liées, mais ne se confondent pas : l’une décrit une interaction entre animal et végétation, l’autre une manière propre à une communauté de comprendre son monde.
Les Kasua, habitants et connaisseurs du territoire
Le film suit une équipe française accompagnée par des Kasua et par l’anthropologue Florence Brunois-Pasina. Elle a vécu à leurs côtés pendant plus de trente ans et appris leur langue, selon le dossier de presse. La recherche du casoar ne se déroule donc pas dans une forêt présentée comme séparée des humains : elle prend place sur un territoire habité, parcouru et connu par ses habitants.
Cette distinction compte. La forêt n’est pas un décor vierge que l’expédition viendrait révéler. Les Kasua y vivent, y observent les espèces et transmettent des savoirs sur les relations entre elles. France Télévisions rapporte que des villageois, préoccupés par la raréfaction de l’animal, prennent eux-mêmes l’initiative de partir sur sa piste. Le film est présenté comme une rencontre entre leurs connaissances du milieu et le travail de l’équipe de tournage, non comme la découverte d’un espace sans histoire humaine.
Le dossier indique que l’expédition progresse jusqu’au mont Bosavi, volcan éteint culminant à 2 500 mètres. Il décrit une forêt difficile d’accès et évoque, au fil du parcours, des marsupiaux, des perroquets rares et des oiseaux de paradis. Le territoire prend ainsi une place centrale dans la présentation du film : les indices d’un oiseau conduisent aussi vers les autres espèces qui partagent son habitat.
Le « Grand Jardinier » et les graines de la forêt
Le surnom que lui donnent les Kasua prend ici un sens concret : en se déplaçant dans la forêt, l’animal contribue à faire pousser celle-ci. Le dossier de France Télévisions fait de ce rôle l’un des fils de l’expédition.
Le pistage attire alors l’attention sur une chaîne de relations. Un fruit consommé renseigne sur le passage d’un oiseau ; un déplacement peut contribuer au transport d’une graine ; l’arbre qui la produit appartient lui-même à un milieu habité et utilisé. Ce regard relie des éléments que l’on pourrait observer séparément. Il aide à comprendre pourquoi la recherche d’un seul animal devient une manière de parcourir tout un territoire.
Dans la présentation du documentaire, des villageois s’inquiètent de la raréfaction du casoar. Le film aborde aussi les pressions de l’exploitation forestière, de l’agriculture et des infrastructures sur les forêts de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ces transformations affectent à la fois des habitats et les pratiques humaines qui leur sont liées. Pour les Kasua, connaître la forêt passe par des savoirs accumulés au fil des déplacements et transmis entre générations.
France Télévisions présente également une démarche de replantation engagée par des habitants. Elle donne une autre place à ceux qui accompagnent les réalisateurs : ils ne sont pas seulement les guides d’une expédition venue filmer un oiseau, mais des acteurs de l’avenir de leur milieu. Le documentaire associe ainsi la quête animale à une question de continuité : comment préserver les relations qui permettent de vivre sur ce territoire ?
Un documentaire porté par une relation de longue durée
« Sur la piste du casoar » est un documentaire de 90 minutes écrit et réalisé par Jeremy Frey et Rémi Dupouy, selon France Télévisions. Le dossier de presse indique que Florence Brunois-Pasina est décédée en 2025, avant l’achèvement du film. L’anthropologue avait consacré plus de trente ans à ses relations avec les Kasua et développé une réflexion sur l’« attachement interspécifique », c’est-à-dire les liens entre des êtres d’espèces différentes.
Le documentaire est annoncé le lundi 9 novembre 2026 à 21 h 05 sur France 5 par France Inter. À l’écran, la recherche est portée par cette relation de longue durée avec les Kasua, dont le film conserve aussi la mémoire. Les noms des réalisateurs et de l’anthropologue permettent de situer la démarche : un tournage de rencontre et d’expédition, au croisement de l’observation animale et de l’anthropologie.
Références
- Le documentaire « Sur la piste du casoar » ; France Inter
- Sur la piste du casoar ; France Télévisions Pro
Un casoar à casque dans une forêt tropicale du Queensland, en Australie. Photographie d’illustration, distincte de l’expédition en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Crédit : Dave Kimble — Wikimedia Commons — Domaine public.






