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Nuages irisés : la diffraction, à l’origine des couleurs dans le ciel

Des nuages aux reflets colorés peuvent apparaître sans pluie. Leur irisation vient de la diffraction de la lumière par de petites gouttelettes ou des cristaux, un mécanisme distinct de ceux de l’arc-en-ciel et du halo.

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Des couleurs irisées sur un nuage observé à Brampton au Canada en janvier 2019.
Source et licence de l’image
Gursach44 — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

Des couleurs roses, vertes ou bleues peuvent se dessiner sur un nuage sans qu’il pleuve et sans qu’aucune peinture ne soit en jeu. Ce phénomène, appelé irisation, tient à la façon dont de minuscules gouttelettes d’eau ou cristaux de glace diffractent la lumière. Pour le reconnaître, il faut le distinguer de deux autres spectacles familiers du ciel : l’arc-en-ciel et le halo.

La lumière se sépare au voisinage des gouttelettes

La lumière du Soleil paraît blanche, mais elle rassemble plusieurs couleurs. Dans un nuage, lorsque ses rayons rencontrent de petites gouttelettes d’eau ou des cristaux de glace, la lumière peut être diffractée : elle s’étale et se dévie au voisinage de ces particules. Les différentes couleurs ne s’étalent pas de la même manière. Elles se séparent alors en teintes parfois visibles sur les bords ou les zones fines du nuage.

La taille des particules compte. Selon le service météorologique néo-zélandais MetService et la NOAA américaine, l’irisation apparaît plus facilement lorsque les gouttelettes ou cristaux sont de taille similaire et proche de la longueur d’onde de la lumière visible. La longueur d’onde correspond à une propriété de la lumière qui varie selon sa couleur. Quand les particules ont des tailles assez semblables, leurs effets peuvent produire des couleurs perceptibles ; si leurs tailles diffèrent davantage, les couleurs tendent à se mélanger.

Le nuage doit aussi laisser passer une partie de la lumière. Les nuages minces ou en formation sont donc particulièrement propices : la lumière rencontre un ensemble de particules sans que l’épaisseur du nuage ne masque entièrement l’effet. La NOAA cite notamment les altocumulus, cirrocumulus, nuages lenticulaires et cirrus parmi les types où des irisations peuvent se produire. Le nom du nuage, à lui seul, ne garantit toutefois pas l’apparition du phénomène : les conditions de transparence et la distribution des particules comptent également.

Irisation, arc-en-ciel et halo : trois mécanismes à distinguer

Les couleurs d’un nuage irisé peuvent évoquer un arc-en-ciel, mais les deux phénomènes ne se forment pas de la même façon. Dans un arc-en-ciel, la lumière est réfractée — déviée en passant d’un milieu à un autre —, réfléchie à l’intérieur des gouttes de pluie, puis réfractée à nouveau en ressortant. La géométrie de ces gouttes et la position de l’observateur par rapport au Soleil déterminent l’arc visible.

L’irisation, elle, est liée à la diffraction de la lumière par de petites particules dans le nuage. Elle dessine souvent des plages de couleurs proches les unes des autres, aux contours du nuage, plutôt qu’un arc régulier. Elle ne nécessite pas de pluie. Les teintes peuvent être pastel ou plus marquées selon les conditions et la façon dont les particules sont réparties.

Un halo solaire constitue encore un autre phénomène. Il se présente généralement comme un anneau ou un arc lumineux autour du Soleil et est associé à la réfraction de la lumière dans des cristaux de glace. Une irisation peut se trouver près du Soleil, mais ses couleurs sont souvent plus irrégulières et liées à une partie d’un nuage. Une photographie isolée ne suffit pas toujours à identifier avec certitude le phénomène : la forme, la position dans le ciel et les nuages environnants donnent des indices.

Pourquoi le spectacle ne dure-t-il pas ?

Il faut réunir plusieurs conditions à la fois : un nuage suffisamment fin, des particules de tailles adaptées et une géométrie favorable entre le nuage, la lumière solaire et l’observateur. Puis le nuage se déplace et se transforme. Sa transparence et la répartition des gouttelettes changent ; les couleurs peuvent donc apparaître ou s’effacer rapidement.

Un épisode signalé au-dessus de la Bambouseraie de Générargues, dans le Gard, illustre cette rencontre de conditions. ICI Gard Lozère a rapporté des images partagées par une observatrice sur Météo Gard et a présenté le phénomène comme une irisation. Ce récit local documente un événement particulier ; l’explication physique, elle, repose sur les mécanismes de diffraction décrits par les services météorologiques. La même apparence colorée ne doit pas être automatiquement attribuée à l’irisation sans tenir compte de la forme et du contexte du phénomène.

La comparaison avec une bulle de savon peut aider à imaginer des reflets colorés, mais elle ne décrit pas exactement le mécanisme des nuages irisés. Dans une bulle, les couleurs résultent d’interférences dans une fine couche de liquide : une partie de la lumière se réfléchit sur différentes interfaces de cette couche et les ondes se renforcent ou s’annulent selon leur longueur d’onde. Dans un nuage, l’explication mise en avant est la diffraction par les gouttelettes ou les cristaux. Deux phénomènes peuvent donc se ressembler à l’œil sans avoir la même cause optique.

Observer sans fixer le Soleil

Comme l’irisation se manifeste dans un nuage éclairé par le Soleil, elle peut se trouver dans une zone proche de celui-ci. Cela ne justifie pas de regarder directement le Soleil : l’observation visuelle ou la prise de vue doivent éviter de le fixer. Mieux vaut porter son attention sur les parties colorées du nuage et interrompre l’observation si le Soleil entre dans l’axe du regard.

L’irisation révèle ainsi une propriété discrète de la lumière : de minuscules particules, presque impossibles à distinguer individuellement, peuvent modifier la façon dont ses couleurs se répartissent. Ce n’est ni un arc-en-ciel sans pluie ni un simple reflet décoratif. C’est un effet de diffraction, rendu visible lorsque la structure du nuage et la géométrie de l’éclairage s’y prêtent.

Références

Une irisation nuageuse observée à Brampton, en Ontario, le 9 janvier 2019. Photographie d’archive, distincte de l’épisode de Générargues.

Photographie : Gursach44 — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

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