Un condor des Andes et un cygne trompette peuvent peser chacun près de onze kilogrammes. Pourtant, parcourir un kilomètre ne leur demande pas la même dépense d'énergie. D'après une étude internationale publiée dans *Science* le 15 octobre 2026, le condor utilise environ cinq fois moins d'énergie que le cygne pour couvrir cette distance. La différence tient moins à leur poids qu'à leur manière d'utiliser l'air.
Cette recherche invite à abandonner une idée trop simple : voler serait toujours plus fatigant que nager, mais moins coûteux que courir. Dans la nature, le vent et les ascendances changent profondément le calcul.
Le ciel n'est pas seulement un obstacle
Pour avancer, tout animal dépense de l'énergie. Les comparaisons classiques du « coût de transport » mesurent cette dépense rapportée à une distance et à une masse. En laboratoire, elles ont souvent placé la nage devant le vol et la marche ou la course, considérées comme plus coûteuses.
Mais ces expériences contrôlées ne rendent pas toutes les conditions rencontrées dehors. Un oiseau doit certes vaincre la résistance de l'air et produire de la portance. Il peut aussi profiter de courants ascendants, notamment les thermiques, formés lorsque des masses d'air chauffées s'élèvent. Un rapace peut gagner de l'altitude en tournoyant, puis glisser vers une autre ascendance sans battements continus.
Cette différence est décisive : le vol battu demande un effort musculaire soutenu ; le vol plané exploite une partie de l'énergie déjà présente dans l'atmosphère.
Dix-sept années de trajets examinées
L'équipe associant notamment l'Institut Max-Planck du comportement animal et l'université de Swansea a réuni 17 années de mesures obtenues grâce à des balises GPS et des accéléromètres. Ces instruments permettent de suivre les déplacements et de distinguer les périodes de battement de celles où l'animal plane. Les données concernent 850 oiseaux et chauves-souris représentant 38 espèces ; quatre années de relevés radar ont également servi à étudier des animaux volants plus petits.
Les chercheurs ont confronté ces observations aux conditions de vent et aux courants ascendants. Leur objectif n'était pas de mesurer chaque battement isolément, mais d'évaluer le coût du déplacement réellement effectué, avec les ressources aériennes disponibles.
La présentation de l'étude publiée par l'université de Swansea précise la méthode et les limites des comparaisons entre espèces. Une lecture indépendante publiée par la revue néerlandaise *Bionieuws* le 16 octobre revient sur la distinction entre les oiseaux planeurs et ceux qui battent fréquemment des ailes.
Condor contre cygne : même masse, autre stratégie
Parmi les espèces suivies, le contraste est spectaculaire. Le condor des Andes bat des ailes pendant environ 0,1 % de son temps de vol, contre quelque 99 % pour le cygne trompette, selon les chiffres présentés par l'équipe. Tous deux sont de grands oiseaux, mais le premier tire largement parti des mouvements de l'air, tandis que le second doit entretenir un vol battu.
Chez les sept espèces de vautours étudiées, les chercheurs ont exploité des déplacements totalisant plus de 4,3 millions de kilomètres. Leurs durées de battement se situaient, selon l'espèce, entre 0,1 % et 7 % du temps de vol. Ces valeurs n'impliquent pas qu'un oiseau ne dépense presque aucune énergie : maintenir ses fonctions vitales et piloter son vol a toujours un coût. Elles montrent l'importance de la façon dont ce coût varie.
Le résultat ne signifie pas davantage que les grands oiseaux volent toujours plus efficacement. Chez les planeurs, les espèces les plus lourdes ont tendance à réduire la part de vol battu. Cette relation ne s'applique pas indistinctement à tous les oiseaux.
L'économie d'énergie se paie en liberté de mouvement
L'avantage du vol plané n'est pas disponible à toute heure. Les oiseaux qui dépendent des ascendances doivent trouver des conditions atmosphériques propices. Lorsque ces mouvements d'air manquent, décoller ou poursuivre un trajet peut devenir plus difficile.
À l'inverse, les espèces capables de battre des ailes longtemps peuvent conserver une plus grande souplesse face à certaines conditions, mais au prix d'une dépense supérieure. Le « meilleur » mode de vol dépend donc du milieu, du moment et des besoins de chaque espèce.
Cette observation peut éclairer l'étude des migrations. Si les vents et les ascendances évoluent, le coût des trajets peut aussi changer. Les chercheurs n'en déduisent toutefois pas un calendrier précis de migration future pour telle ou telle espèce : cela demanderait des observations complémentaires.
Ce que l'étude démontre, et ce qu'elle ne mesure pas directement
Les instruments décrivent des mouvements et des conditions réels. La dépense énergétique est estimée à partir de ces données : il ne s'agit pas d'une mesure directe du métabolisme de tous les animaux suivis. Les comparaisons restent donc dépendantes des modèles utilisés, des espèces échantillonnées et des situations observées.
C'est cette nuance qui rend le résultat intéressant. Plutôt que de classer définitivement nager, courir et voler sur un unique podium, les travaux montrent qu'un déplacement ne se comprend pas sans son environnement. Pour un condor porté par une ascendance, le ciel peut fournir une part décisive de l'énergie nécessaire au voyage.
*Photographie : une sterne pierregarin en vol au Haff Réimech, au Luxembourg, en juin 2026. Illustration du vol des oiseaux ; cette photographie ne documente pas les animaux suivis dans l'étude.*






