Un compost peut améliorer un sol tout en soulevant une autre question : que deviennent les substances indésirables éventuellement présentes dans les matières qui le composent ? Ces deux sujets doivent être examinés ensemble. Un bon rendement ne constitue pas, à lui seul, une analyse de contaminants.
Le renouvellement de la coopération entre INRAE et Veolia, annoncé le 29 octobre 2026, remet cette distinction au premier plan. Leur convention autour du dispositif QualiAgro est prolongée jusqu’en 2030. Elle prévoit notamment de renforcer les recherches sur les PFAS et les microplastiques, sans effacer les connaissances accumulées sur les apports organiques.
Un essai de longue durée, sur un terrain précis
QualiAgro a été installé en 1998 sur six hectares dans les Yvelines. Différents composts d’origine urbaine y sont comparés à du fumier bovin et à des parcelles sans apport organique. Le suivi porte sur les sols, les cultures et le devenir de certains éléments dans l’environnement.
Selon le communiqué d’INRAE, les résultats montrent des effets favorables sur la matière organique et la vie biologique du sol. Les rendements sont préservés ou supérieurs suivant les années et les comparaisons. Ce constat concerne les conditions étudiées : il ne vaut pas certificat général pour n’importe quel compost.
La nouvelle phase doit suivre davantage les polluants émergents dans les sols, les plantes et les eaux, en tenant compte des filières de compostage. L’annonce distingue la convention jusqu’en 2030 des travaux prolongés jusqu’à l’année culturale 2028-2029.
Pourquoi regarder plusieurs compartiments ?
Le sol est le point d’application, mais il n’est pas nécessairement le seul endroit où chercher. Le programme décrit un suivi qui relie matières recyclées, sols, plantes et eaux. Cette organisation répond à une question de trajet : où une substance reste-t-elle, et où faut-il vérifier sa présence ?
Il serait prématuré de transformer l’objectif de recherche en résultat. Annoncer que le comportement des PFAS sera davantage étudié ne signifie ni que tous les composts sont contaminés, ni que l’absence de risque a déjà été démontrée. Il manque précisément les mesures qui permettraient de conclure pour les produits et les conditions considérés.
La durée du suivi est ici précieuse. Elle donne la possibilité de rapprocher les observations faites au fil des campagnes. Elle ne dispense toutefois pas de préciser les substances recherchées, les méthodes et les limites de détection.
PFAS et microplastiques ne sont pas un seul problème
L’Autorité européenne de sécurité des aliments rappelle que les PFAS forment une vaste famille de substances chimiques artificielles, utilisées pour différentes propriétés de résistance. Leur forte persistance explique l’attention portée à leur devenir dans l’environnement.
L’EFSA décrit plusieurs voies de présence ou de transfert vers l’alimentation, notamment à travers l’eau, les sols et les organismes. Cette présentation générale n’attribue pas une contamination particulière au site QualiAgro. Elle explique pourquoi suivre un milieu isolément ne suffit pas toujours à comprendre l’exposition.
Les microplastiques sont cités séparément dans le nouveau programme. Les réunir sous l’expression « polluants émergents » ne les rend pas équivalents aux PFAS. Pour lire les futurs résultats, il faudra garder cette distinction : une mesure portant sur un groupe ne répond pas automatiquement aux questions concernant l’autre.
Le composteur du jardin relève d’un autre contexte
La photographie d’un composteur domestique aide à visualiser la transformation de matières organiques. Elle ne représente pas les parcelles expérimentales ni les filières urbaines étudiées. Les résultats d’un essai agricole ne se transposent pas directement au contenu de chaque bac de jardin.
Pour ce dernier, l’ADEME donne des repères de tri concrets : restes alimentaires sans emballage, épluchures et marc de café font partie des apports possibles. Les déchets non alimentaires comme le verre, les métaux et les plastiques doivent en être écartés. Certains restes se traitent en petites quantités et selon les consignes du composteur.
Il faut aussi tenir compte du dispositif utilisé : un lombricomposteur n’accepte pas nécessairement les mêmes apports qu’un autre système. Une consigne locale de collecte reste donc plus utile qu’une règle improvisée à partir d’une annonce scientifique.
Ce qu’un résultat utile devra préciser
Le suivi à venir sera particulièrement éclairant s’il permet de relier quatre informations : l’origine des matières, les substances mesurées, leur évolution dans le temps et les milieux où elles sont retrouvées. C’est ce lien qui rendra les comparaisons interprétables.
Le choix n’est pas de considérer le compost comme irréprochable ou de renoncer par principe au retour au sol. Il s’agit de documenter les conditions de qualité. Reconnaître un bénéfice agronomique et demander des données sur les contaminants sont deux exigences compatibles, qui répondent à des questions différentes.
Photographie d’illustration : coupe d’un composteur. Elle ne montre pas le dispositif expérimental QualiAgro.






