Un sol peut abriter de nombreuses espèces sans fonctionner comme son voisin. C'est cette différence que le programme français SolsVivants veut mieux comprendre : au-delà de l'inventaire des organismes, comment leurs relations influencent-elles l'eau, la matière organique et les nutriments ?
Le séminaire scientifique de lancement se tient du 4 au 6 novembre 2026 à Angers. Copiloté par le CNRS et INRAE, le programme dispose de 9 millions d'euros sur cinq ans. Son nom désigne une recherche qui commence, avec des questions et des protocoles à construire. Il ne faut donc pas y voir l'annonce d'une technique déjà éprouvée pour restaurer n'importe quel terrain.
Sous nos pieds, des relations autant que des espèces
La biodiversité des sols comprend des organismes de tailles très différentes. Bactéries, champignons et animaux participent à des activités qui se combinent : décomposer la matière organique, transformer les éléments nutritifs, modifier la structure du sol et influencer la circulation de l'eau.
La FAO décrit ces organismes comme des acteurs majeurs du recyclage des nutriments, du devenir du carbone et du fonctionnement physique des sols. Leur rôle concerne les milieux naturels comme les systèmes agricoles. Un sol n'est donc pas seulement une réserve de matière dans laquelle poussent les racines : c'est aussi un milieu parcouru d'activités biologiques.
Les vers de terre offrent un exemple visible de cette vie, mais ils ne la résument pas. Leur présence ne donne pas, à elle seule, un diagnostic complet. L'observation d'un animal et l'évaluation du fonctionnement d'un milieu correspondent à deux niveaux d'information différents. C'est précisément ce passage entre présence et fonction qui intéresse les chercheurs.
Pourquoi un inventaire ne suffit pas
Dans l'entretien publié par le CNRS, Jérôme Mathieu explique que les méthodes d'inventaire progressent, notamment grâce à l'ADN environnemental. Elles permettent de mieux identifier les organismes présents. Prédire les activités d'un sol à partir de cette liste demeure toutefois difficile.
L'hypothèse mise en avant par les responsables du programme porte sur les réseaux d'interactions. Les êtres vivants s'alimentent, se concurrencent et coopèrent ; ils transforment aussi les conditions dans lesquelles d'autres organismes vivent. Compter les espèces ne décrit pas automatiquement ces relations.
Une interaction dite « trophique » concerne l'alimentation. Une interaction « non trophique » ne repose pas directement sur le fait de manger ou d'être mangé. Réunir ces deux dimensions doit permettre d'étudier un réseau plus complet que la seule chaîne alimentaire. La question devient alors : quelles relations expliquent telle fonction, dans tel milieu et sous telles contraintes ?
Deux projets pour relier le vivant aux fonctions du sol
SolsVivants organise ses travaux autour de deux projets ciblés. Le premier s'intéresse aux réseaux d'interactions. Le second examine leur rôle dans la capacité des sols à remplir plusieurs fonctions, ce que les chercheurs appellent leur « multifonctionnalité ».
Le programme distingue notamment deux ensembles : la structure du sol et les transferts d'eau, de gaz ou de particules ; les transformations impliquées dans les cycles du carbone, de l'azote, du phosphore et d'autres nutriments. Cette organisation évite de réduire la santé d'un sol à une seule mesure ou à un seul usage.
Les travaux doivent aussi rapprocher observations et modèles, recherches sur milieux tempérés et tropicaux, ainsi que scénarios de changements environnementaux. L'ambition est de comprendre comment des relations biologiques se traduisent en fonctionnement mesurable. Les modèles seront utiles s'ils rendent compte de la diversité des situations, plutôt que de proposer une réponse identique partout.
Ce que l'on pourra attendre des résultats
Pour un agriculteur, un forestier ou un gestionnaire de territoire, la question pratique n'est pas seulement de savoir combien d'organismes habitent un terrain. Elle est aussi de comprendre quelles fonctions sont assurées, lesquelles se dégradent et comment les usages du sol interviennent.
Le programme vise à éclairer ces questions. Il reste à produire puis à confronter les connaissances : son lancement ne fournit pas encore une liste de pratiques validées ni un indicateur universel prêt à l'emploi. Les résultats devront préciser les milieux étudiés et les conditions dans lesquelles une conclusion peut être transférée ailleurs.
L'enjeu est de rendre la vie souterraine plus lisible sans la simplifier à l'excès. Une mesure chimique, un relevé d'organismes et une observation de l'infiltration de l'eau ne racontent pas exactement la même chose. Les faire dialoguer peut aider à comprendre ce qu'un sol fait réellement, et pourquoi.
Photographie d'illustration : un ver de terre observé à Plužna, en Slovénie ; il ne s'agit pas d'un site du programme SolsVivants.






