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Vicky Krieps : du Luxembourg à Cannes, les films d’une actrice internationale

De Phantom Thread à Corsage, puis Love Me Tender et Diamond, Vicky Krieps construit une carrière entre plusieurs langues et cinémas. Portrait, récompenses et cinq films pour découvrir son parcours.

Vicky Krieps à droite de Ronald Zehrfeld lors de la Berlinale 2023
Source et licence de l’image
Martin Kraft / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Recadrage horizontal sous la même licence. Présentation d’Ingeborg Bachmann à Berlin le 19 février 2023. Archive de festival ; cette photographie ne documente pas un entretien avec LETZVIEW.

Elle a joué face à Daniel Day-Lewis dans *Phantom Thread*, incarné l’impératrice Élisabeth d’Autriche dans *Corsage*, participé à des films français, allemands, américains et luxembourgeois. Pourtant, l’histoire de Vicky Krieps, née au Luxembourg en 1983, n’est pas celle d’une actrice qui aurait quitté un petit pays pour rejoindre définitivement un seul grand cinéma. Sa filmographie est faite de passages entre langues, pays et univers de réalisateurs.

En 2022, son interprétation dans *Corsage* lui vaut à la fois une distinction au Festival de Cannes et le prix de meilleure actrice européenne. En 2025 et 2026, de nouveaux films présentés à Cannes prolongent cette trajectoire. Pour comprendre sa place dans le cinéma contemporain, il faut revenir aux premières étapes, aux rôles qui ont marqué sa carrière et aux œuvres qui permettent de découvrir les différentes facettes de son travail.

Du Luxembourg à Zurich : se former avant les grands plateaux

Vicky Krieps naît le 4 octobre 1983 à Luxembourg-Ville. Son parcours commence par la découverte du théâtre, avec une formation liée au Conservatoire de la Ville de Luxembourg, avant des études à l’Université des arts de Zurich. Elle y acquiert une pratique du jeu et travaille aussi dans l’environnement théâtral du Schauspielhaus Zürich.

Cette formation explique une partie de la diversité de sa carrière : elle passe du théâtre à la caméra et évolue dans des productions francophones, germanophones et anglophones. Mais parler plusieurs langues ne signifie pas jouer toujours le même rôle dans une langue différente. Chaque film lui impose un contexte, un rapport aux autres interprètes et une manière particulière de construire un personnage.

Sa filmographie débute progressivement à l’écran, dans des œuvres de formats et de nationalités variés. Le Festival de Cannes cite parmi ses premiers films *Hanna* de Joe Wright (2011), *Avant l’hiver* de Philippe Claudel (2013), *Un homme très recherché* d’Anton Corbijn (2014) ou encore *Le Jeune Karl Marx* de Raoul Peck (2017). Ces collaborations précèdent déjà sa reconnaissance internationale plus large.

2017 : *Phantom Thread* change la visibilité de son parcours

Dans *Phantom Thread*, sorti en 2017, le réalisateur américain Paul Thomas Anderson la choisit pour interpréter Alma, face à Daniel Day-Lewis et Lesley Manville.

L’intrigue se déroule dans le Londres de la haute couture des années 1950. Reynolds Woodcock, grand couturier habitué à contrôler son travail et sa vie, rencontre Alma, qui devient un personnage central de son quotidien. Le récit ne se réduit pas à l’histoire d’un artiste et de sa muse : selon le synopsis du distributeur Focus Features, leur relation transforme l’équilibre de pouvoir sur lequel Woodcock s’appuyait.

Le rôle place Vicky Krieps au premier plan d’un film très exposé à l’international, aux côtés d’un acteur déjà mondialement connu. *Phantom Thread* reçoit six nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Cette reconnaissance concerne d’abord le film dans son ensemble ; elle ne doit pas être transformée en nomination individuelle de Vicky Krieps si celle-ci n’existe pas.

Pour le public qui découvre aujourd’hui sa filmographie, *Phantom Thread* offre une première entrée : une histoire construite autour des rapports entre deux personnages, de la création artistique et des équilibres au sein d’un couple.

*Gutland* : une autre histoire, au Luxembourg

La même période rappelle que son travail n’est pas exclusivement associé aux grandes productions étrangères. Dans _Gutland_, film de Govinda Van Maele sorti au Luxembourg en 2018, elle joue aux côtés de Frederick Lau et Marco Lorenzini.

Le récit suit un homme qui arrive dans un village luxembourgeois avec un passé difficile à cerner. Accueilli au sein de la communauté, il découvre un environnement où les apparences peuvent être trompeuses. Vicky Krieps interprète Lucy, l’un des personnages importants de cette histoire située dans un monde rural.

Le film mêle thriller et éléments plus étranges, selon le catalogue du Film Fund Luxembourg. Sa version originale associe allemand et luxembourgeois, ce qui donne à la production une place particulière dans le paysage local.

Le contraste avec *Phantom Thread* est instructif. Les deux œuvres n’appartiennent pas au même cinéma, ne racontent pas le même type d’histoire et ne reposent pas sur un décor comparable. Pourtant, elles figurent toutes deux dans une filmographie qui traverse les frontières sans rompre les liens avec le Luxembourg.

Cannes 2021 : deux récits très différents

En 2021, deux films portés par Vicky Krieps sont sélectionnés au Festival de Cannes.

_Bergman Island_, de Mia Hansen-Løve, est présenté en compétition officielle. Le film explore notamment les relations entre création artistique, travail d’écriture et vie affective dans un lieu associé à l’histoire du cinéma.

_Serre moi fort_, de Mathieu Amalric, figure pour sa part dans la sélection Cannes Première. Il aborde une histoire familiale par une construction narrative qui joue sur les points de vue et les informations révélées au spectateur.

La présence de ces deux films la même année permet de situer l’actrice dans un cinéma européen d’auteurs qui recherche des formes narratives différentes. Il faut toutefois distinguer la participation d’un film à une sélection et l’obtention d’un prix : ces deux œuvres n’impliquent pas, par leur seule programmation, une récompense d’interprétation.

2022 : *Corsage* et deux récompenses majeures

Le rôle de l’impératrice Élisabeth d’Autriche, dite Sissi, dans _Corsage_ de Marie Kreutzer, marque une nouvelle étape.

Le film ne prétend pas reproduire fidèlement chaque épisode de la vie de l’impératrice. Il propose une interprétation cinématographique d’une femme confrontée aux attentes imposées à son apparence et à son rôle public. Le titre renvoie à la contrainte physique, mais aussi à la place que lui assignent les conventions de la cour.

En mai 2022, Vicky Krieps reçoit le prix de la meilleure interprétation dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, attribué ex æquo. Il s’agit d’une distinction importante, mais différente d’un prix décerné dans la compétition principale pour la Palme d’or.

En décembre 2022, l’Académie européenne du cinéma lui remet également le prix d’actrice européenne de l’année pour le même rôle. Ce second prix n’est pas une répétition du premier : il relève d’une autre institution et distingue une interprétation à l’échelle du cinéma européen.

La production de *Corsage* associe l’Autriche, le Luxembourg, l’Allemagne et la France. Le Film Fund Luxembourg souligne sa participation au financement et à la coproduction. Le succès du film illustre ainsi les collaborations nécessaires pour faire circuler des œuvres entre plusieurs industries nationales.

Des personnages historiques aux films contemporains

Vicky Krieps poursuit ensuite ses collaborations avec des cinéastes et des genres variés.

Elle interprète Ingeborg Bachmann dans le film consacré à l’écrivaine autrichienne par Margarethe von Trotta, présenté à la Berlinale en 2023. Ce personnage appartient à une histoire littéraire réelle, même si le film constitue une œuvre de fiction et non un documentaire historique.

Elle apparaît également dans _The Dead Don’t Hurt_, réalisé par Viggo Mortensen, puis dans _Hot Milk_, adaptation cinématographique réalisée par Rebecca Lenkiewicz. Ces projets élargissent les types de récits auxquels elle participe, entre reconstitutions, drames et cinéma d’auteur international.

En 2024, le Festival de Cannes lui confie un autre rôle : elle devient membre du jury de la section Un Certain Regard, présidée cette année-là par Xavier Dolan. Après avoir été récompensée dans cette section en 2022, elle participe donc à son jury deux ans plus tard. Cette fonction ne signifie pas qu’elle ait réalisé les films jugés, mais qu’elle prend part à leur évaluation collective.

*Love Me Tender* et *Diamond* : ses films à Cannes en 2025 et 2026

En 2025, elle joue le personnage principal de _Love Me Tender_, réalisé par Anna Cazenave Cambet et présenté dans la section Un Certain Regard. Le film adapte le roman de Constance Debré.

Vicky Krieps y incarne Clémence, une femme dont la relation avec son ancien mari et son enfant est bouleversée lorsque sa vie affective devient l’objet d’un conflit familial. Le film met en jeu maternité, liberté personnelle et rapports de pouvoir, selon la présentation officielle du Festival. Il compte une coproduction luxembourgeoise, Viktoria Productions.

En 2026, la sélection du Festival de Cannes mentionne également sa présence au casting de _Diamond_, réalisé par Andy Garcia et présenté hors compétition. Le film se situe dans l’univers du polar noir américain, à Los Angeles. Sa programmation et sa distribution illustrent la poursuite de son travail dans des productions internationales très différentes.

Les sélections doivent être lues avec exactitude : *Love Me Tender* a été présenté à Un Certain Regard en 2025, tandis que *Diamond* relève du hors compétition en 2026. Ce ne sont ni la même édition ni la même section.

Pourquoi son parcours intéresse-t-il le cinéma luxembourgeois ?

Le Luxembourg ne dispose pas d’une industrie cinématographique de la taille de celles de la France, de l’Allemagne ou des États-Unis. Cela ne signifie pas que ses artistes soient confinés à des productions locales.

La carrière de Vicky Krieps montre une autre configuration : une actrice peut être formée dans plusieurs pays, tourner dans différentes langues, travailler avec des auteurs très divers et participer aussi à des coproductions luxembourgeoises, comme *Corsage*, *Gutland* ou *Love Me Tender*.

C’est également l’occasion de distinguer deux situations souvent confondues. Une actrice originaire du Luxembourg peut apparaître dans un film entièrement étranger ; inversement, une coproduction luxembourgeoise peut réunir une équipe et un financement internationaux. L’identité d’une œuvre ne se résume ni à la nationalité d’un interprète ni à la langue parlée à l’écran.

Cinq films pour découvrir les différentes facettes de Vicky Krieps

Pour entrer dans sa filmographie sans chercher à tout voir d’un seul coup, on peut choisir cinq œuvres aux propositions très différentes :

1. _Phantom Thread_ (2017), pour découvrir le rôle d’Alma dans un drame sur la création et les rapports de pouvoir. 2. _Gutland_ (2018 au Luxembourg), pour explorer un thriller rural ancré dans un paysage et des langues du Grand-Duché. 3. _Bergman Island_ (2021), pour rencontrer un cinéma qui interroge l’écriture, les artistes et leurs relations. 4. _Corsage_ (2022), pour comprendre le rôle qui lui vaut les prix de Cannes et des European Film Awards. 5. _Love Me Tender_ (2025), pour découvrir un personnage contemporain dans une histoire d’émancipation et de conflit familial.

Ce choix n’est pas un classement des « meilleurs » films et ne prétend pas reposer sur un visionnage réalisé pour cet article. Il propose un parcours de découverte, fondé sur les œuvres, leurs réalisateurs, les rôles documentés et les sélections officielles.

Sources et filmographie

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