Une prison peut manquer de places sans que les détentions s’allongent. C’est le mécanisme décrit par la ministre de la Justice, Elisabeth Margue, dans trois réponses parlementaires du 27 octobre 2026 sur le centre pénitentiaire d’Uerschterhaff, à Sanem. Les admissions augmentent, tandis que l’indicateur de durée moyenne demeure proche de trois mois et demi.
Ces réponses ne décrivent pas l’ensemble des prisons luxembourgeoises. Elles concernent un établissement réservé à la détention préventive. Leur lecture permet de comprendre une pression très concrète : davantage de personnes à accueillir dans une prison conçue pour 400 détenus, avec des couchages supplémentaires et des matelas au sol dans certaines cellules.
Un pic, une moyenne et une capacité : trois mesures différentes
Dans sa réponse au député Dan Biancalana, la ministre indique que la population moyenne journalière est passée de 247 personnes en janvier 2025 à 423 en septembre 2026. Le pic atteint le 15 septembre 2026 est de 432 personnes, soit 108 % des 400 places prévues à la construction.
Pour octobre, le tableau arrêté au 19 du mois fait apparaître une moyenne de 406 personnes. Ce chiffre n’est pas l’effectif exact du seul 19 octobre : un autre tableau donne 401 détenus à cette date. Présenter 406 comme un décompte réalisé ce jour-là mélangerait une moyenne sur une période et une photographie ponctuelle.
La capacité demande également une précision. Le bâtiment avait été conçu pour 400 personnes ; sa capacité théorique a ensuite été portée à 416, puis à 417 places. Les taux d’occupation du tableau ministériel restent rapportés à la capacité initiale. Changer de référence modifie mécaniquement le pourcentage, sans faire disparaître les personnes présentes ni les contraintes dans les cellules.
Des admissions plus nombreuses, sans hausse comparable de la durée
Les données fournies à Dan Biancalana et à Dan Hardy comptabilisent 820 entrées en 2023, 844 en 2024 et 985 en 2025. Entre le début de 2026 et le 19 octobre, le centre en avait enregistré 925.
Il faut lire ces nombres comme des flux annuels ou partiels, pas comme le nombre de personnes simultanément présentes. Une entrée et une sortie sont des mouvements ; l’occupation est un état. Les deux se répondent, mais ne sont pas interchangeables.
Le ministère avance une projection de 1 233 entrées sur l’ensemble de 2026 si la tendance se maintient, soit environ 25 % de plus qu’en 2025. Il s’agit d’une estimation conditionnelle publiée en octobre, non d’un bilan annuel déjà constaté.
En parallèle, l’indicateur de longueur de la détention, désigné par le sigle IALI dans les réponses, est de 3,5 mois en 2023, 3,7 en 2024 et 3,6 en 2025 comme dans le calcul arrêté au 19 octobre 2026. Le ministère attribue donc principalement la hausse de population aux admissions. Cet indicateur agrégé ne permet toutefois ni de prévoir le séjour d’une personne, ni de décrire la durée de toutes les détentions préventives au Luxembourg.
Vingt places supplémentaires annoncées
La réponse au député Marc Goergen confirme que des détenus dorment sur des matelas au sol depuis la fin d’août. La ministre précise que ces matelas se trouvent dans les cellules, pas dans les couloirs.
La mesure immédiate annoncée consiste à transformer vingt cellules doubles en cellules pour trois personnes, au moyen de lits supplémentaires. Une cellule triple existant déjà, leur nombre doit atteindre vingt et une. La capacité théorique passerait ainsi de 417 à 437 places.
Le calendrier indiqué dans les réponses est la fin d’octobre 2026. Ces documents annoncent l’installation ; ils ne permettent pas, à eux seuls, d’en certifier l’achèvement au jour de publication de cet article.
Cette réponse augmente le nombre de couchages dans l’établissement existant. Elle ne correspond pas à l’ouverture d’une nouvelle prison. Pour apprécier son effet, le nombre de lits devra donc être lu avec les conditions concrètes d’hébergement et l’évolution des admissions.
Une pression également visible dans le travail des agents
Les réponses parlementaires font état de 357,15 équivalents temps plein au total au 19 octobre 2026, dont 251,05 dans la surveillance. Ce sont des volumes d’emploi, pas le nombre d’agents présents à chaque poste ou à chaque relève.
La réponse à Dan Hardy explique d’ailleurs qu’une ventilation précise par équipe n’est pas fournie, en raison de l’organisation en trois rotations quotidiennes, des horaires mobiles et de l’intervention de personnels extérieurs.
Le ministère indique aussi que la moyenne mensuelle des heures supplémentaires effectuées par les agents pénitentiaires est passée de 120 heures entre janvier et mars à 304 entre avril et septembre 2026. Rien dans ce passage ne permet de présenter ces valeurs comme des heures supplémentaires par agent. Les lire ainsi amplifierait considérablement le chiffre.
Elisabeth Margue affirme que les temps de travail et de repos légaux sont respectés et que la sécurité a pu être assurée. Ces assurances sont celles du ministère ; elles ne remplacent pas une observation indépendante des conditions de détention.
Le nombre de lits ne résume pas le contrôle des conditions de détention
Dans sa présentation du rapport annuel 2025, publiée le 18 juin 2026, l’Ombudsman rappelle que son premier rapport sur Uerschterhaff avait identifié des pratiques à améliorer concernant l’admission, la santé et les conditions de détention. Ce travail antérieur ne constitue pas un constat sur le pic de septembre 2026. Il rappelle en revanche que le contrôle porte sur davantage que le seul taux d’occupation.
À moyen terme, les réponses du 27 octobre évoquent des scénarios liés à la réhabilitation du centre pénitentiaire de Luxembourg, à Schrassig, encore en cours d’analyse. Elles mentionnent également des réformes de procédure alors déposées mais non adoptées, dont la comparution accélérée.
Le point à suivre est donc double : savoir si les places annoncées ont effectivement été mises en service, puis vérifier si elles suffisent face aux nouvelles admissions. Les chiffres d’octobre décrivent une tension documentée. Ils ne démontrent pas encore qu’une solution durable est acquise.
Sources - Réponse à Dan Biancalana, question n° 4847, 27 octobre 2026 — PDF. - Réponse à Dan Hardy, question n° 4806 — PDF ; réponse à Marc Goergen, question n° 4807 — PDF. - Ombudsman : présentation du rapport annuel 2025 du CELPL, 18 juin 2026.
Photographie d’archive : le centre pénitentiaire d’Uerschterhaff en août 2024.






