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Reading in Gaza : retrouver la mémoire des bibliothèques, au-delà des livres perdus

Témoignages, archives et cartes : Reading in Gaza documente les lieux de lecture touchés par la guerre. Ce que cet inventaire préserve et ce qu’il ne peut pas remplacer.

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Livres anciens à la bibliothèque patrimoniale Hendrik Conscience d’Anvers, en 2016. Illustration du patrimoine écrit.
Source et licence de l’image
Saeidpourbabak — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

Une bibliothèque détruite ne se résume pas à une quantité de livres perdus. Elle avait un nom, des lecteurs, des activités, parfois des archives dont l’existence n’était connue que de quelques personnes. Le projet Reading in Gaza cherche à conserver cette histoire en documentant et en cartographiant les lieux de lecture et d’écriture touchés par la guerre.

Le travail intéresse aussi la manière dont nous regardons une bibliothèque : comme un bâtiment, une collection, mais également un service et un espace de vie. Derrière l’inventaire, il y a une question concrète : que pourra-t-on retrouver, transmettre ou reconstruire si la mémoire du lieu disparaît avec ses murs ?

Retrouver un lieu à travers ses traces

Dans sa présentation méthodologique du 4 janvier 2026, le collectif explique comment il élabore ses fiches documentaires. Il croise témoignages directs et indirects, documents écrits ou audiovisuels, rapports institutionnels, informations de presse et traces laissées sur les réseaux sociaux.

Ces matériaux n’ont pas tous la même nature. Une photographie, un souvenir recueilli par téléphone et une notice institutionnelle ne répondent pas exactement aux mêmes questions. L’intérêt d’une fiche est de les mettre en relation en laissant les sources identifiables.

L’équipe indique que ses membres du comité scientifique vérifient les informations à plusieurs reprises. Elle prévoit des mises à jour et des corrections datées. Elle archive également les contenus auxquels renvoient les liens, pour limiter les pertes lorsqu’une page devient inaccessible.

C’est une démarche documentaire, dont le lecteur peut examiner les références. Elle ne doit pas être confondue avec une expertise indépendante de chaque événement par le magazine qui la présente.

Ce que recouvrait la vie des bibliothèques

Un dossier de Sarah Rolfo publié le 23 octobre 2025 dans Takam Tikou, la revue du Centre national de la littérature pour la jeunesse de la BnF, éclaire la diversité de ces lieux avant leur destruction ou leur endommagement.

L’autrice décrit des bibliothèques municipales, universitaires, associatives et destinées aux enfants. Elle rappelle notamment la présence de fonds jeunesse et d’espaces d’activités dans les bibliothèques Edward Saïd fondées par le poète Mosab Abu Toha, à Beit Lahia puis à Gaza-ville.

Cette diversité change la lecture d’un inventaire. Un fonds d’archives, une bibliothèque d’université et un lieu où des enfants viennent lire ne remplissent pas une fonction identique. Les réunir dans un même total peut signaler l’ampleur d’une perte ; décrire chaque lieu permet de comprendre ce qui a effectivement disparu.

Le dossier de 2025 recueille aussi des témoignages sur la circulation des livres et la poursuite d’activités auprès des enfants. Il constitue un état des lieux daté, et non une description garantie de chaque site aujourd’hui.

Documenter et rendre l’accès possible : deux tâches différentes

L’Association des bibliothécaires de France a relayé un appel à compétences pour Reading in Gaza. Le communiqué distingue deux besoins : alimenter des fiches en lien avec des personnes ressources sur place, et contribuer à l’architecture d’une plateforme de ressources numériques.

Ce partage est important. Décrire une collection disparue n’équivaut pas à en restituer le contenu. De même, créer une plateforme ne suffit pas à garantir que toutes les personnes concernées pourront consulter les documents dont elles ont besoin. La mémoire d’un fonds et l’accès à la lecture se complètent, sans se remplacer.

Le communiqué présente une participation bénévole, orientée par la commission Livr’exil de l’ABF. Il ne faut donc pas le lire comme une offre d’emploi ni comme l’annonce d’une bibliothèque numérique déjà entièrement opérationnelle.

Pour une personne qui souhaite se renseigner, la page de l’ABF fournit un point d’entrée professionnel. Elle permet de comprendre le type de contribution recherché avant de proposer des documents ou des compétences.

Lire une carte sans lui demander l’impossible

Une carte rend visibles des lieux que l’on ne connaissait pas. Elle peut aussi donner une impression de totalité. Or un inventaire dépend des témoignages disponibles, des documents retrouvés et de la possibilité de vérifier les informations.

La prudence consiste à lire une fiche avec sa date, ses références et ses éventuelles corrections. L’absence d’un lieu dans un catalogue ne démontre pas son absence sur le terrain. À l’inverse, la présence d’une notice ne renseigne pas automatiquement sur son état actuel.

Ces distinctions n’enlèvent rien à l’utilité du projet. Elles permettent d’en saisir la portée : faire exister une trace consultable et révisable, plutôt que figer une histoire en une seule image ou un seul chiffre.

Conserver aussi la mémoire des lecteurs

L’enjeu dépasse la sauvegarde de titres. Documenter les usages d’une bibliothèque, c’est rappeler qu’on y étudiait, qu’on y organisait des activités et qu’on y rencontrait d’autres lecteurs. La reconstruction matérielle et la transmission de cette histoire sont deux dimensions du même travail de mémoire.

Reading in Gaza donne ainsi une autre entrée dans le patrimoine écrit : les livres comptent, mais les lieux et les relations qui leur donnaient vie comptent aussi. Ses fiches et les travaux bibliothéconomiques qui les accompagnent peuvent être lus comme des documents ouverts, à consulter dans leur précision plutôt qu’à réduire à un symbole.

Photo d’illustration : rayonnages de la bibliothèque patrimoniale Hendrik Conscience, à Anvers, en 2016. Cette photographie ne représente pas une bibliothèque de Gaza.

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